La prééminence de l’Allemagne dans le processus de prise de décision européen

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Axe franco-allemand, couple franco-allemand, couple « Merkozy »,… A en croire la presse et les déclarations officielles, ce sont bien la France et l’Allemagne qui guident l’Union Européenne vers une sortie progressive de la crise en imposant des décisions prises sur un pied d’égalité. Pourtant la première économie européenne reste (et de loin) l’Allemagne et la crédibilité des finances publiques est clairement de son côté. Ne devrait-on pas voir dans l’expression « couple franco-allemand » une (nouvelle) manifestation d’une impuissance non-assumée à la française ?

Il est d’abord surprenant de remarquer que seules les propositions allemandes de sortie de crise ont été finalement adoptées : instauration de règles de vie en commun, pénalisation des pays « délinquants », responsabilisation des gouvernements. Pas si étonnant si on considère que la force de négociation repose en priorité sur la capacité à mettre en place des solutions. Le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière) est un exemple frappant du rôle majeur de l’Allemagne dans la crise des liquidités en Europe. Son taux d’intervention repose entièrement sur la crédibilité financière de ses membres, or l’Allemagne est le pays européen le plus sûr, et les taux d’intérêts entre France et Allemagne n’ont cessé de diverger depuis 2011. De plus, la dégradation de la note de la dette souveraine française le 12 janvier dernier souligne les faibles perspectives de croissance à venir. Si la question des placements dits « risk-free » se pose aujourd’hui véritablement dans le monde de la finance, c’est donc surtout vers l’Allemagne que l’on se tourne.

Le pouvoir de négociation en Europe ne repose cependant pas uniquement sur la santé financière des Etats, mais également sur leur positionnement commercial, sans pour autant réfuter le lien entre les deux phénomènes. Et à ce jeu, l’Allemagne dispose d’une très nette avance. Les réformes dites « Hartz » mises en œuvre depuis les années 2000 ont permis de flexibiliser le marché du travail allemand ; associées à une politique de désinflation compétitive, elles ont permis de générer d’importants excédents commerciaux. Il faut également noter que ces derniers ont été réalisés au détriment des pays Européens.

En effet, 85% de l’excédent commercial de l’Allemagne vient de ses relations avec les autres pays de l’UE.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’Allemagne a tout intérêt à venir en aide à la Grèce et à l’Italie. A l’inverse, la balance commerciale de la France n’a cessé de se dégrader, situation qui reflète une compétitivité-coût qui ne lui permet plus de concurrencer l’Allemagne et une spécialisation de l’appareil productif qui l’expose fortement à la concurrence internationale, notamment celle des pays émergents.

Bref, le positionnement économique stratégique, l’implication bancaire et commerciale et la crédibilité des finances publiques de l’Allemagne suffisent à expliquer sa position de force dans les discussions diplomatiques, plus encore que la qualité de son analyse ou sa lecture de la crise.

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