L’Iran vers une troisième force en Asie centrale ? 1/3

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En juin 2019, Hassan Rohani était en déplacement à Bichkek lors du sommet des chefs d’États de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Le président iranien souhaitait normaliser ses relations en Asie Centrale et sortir de son isolement diplomatique. Une stratégie qui répond à sa volonté de positionner l’Iran parmi les grands dans la région. Téhéran voit loin autant dans ses relations à l’étranger que dans son histoire. Avec le traité d’Akhal en 1881, la Russie tsariste met fin à jamais à la domination perse dans le Khwarezm. Une humiliation qui a encore du mal à passer. L’Iran, depuis la chute du bloc soviétique, essaye tant bien que mal de se reconnecter avec ses anciennes provinces perdues. Des territoires à la fois au cœur et aux portes de son ancien Empire.

Une relation fratricide ?

Rohani était en déplacement à Bichkek pour normaliser ses relations en Asie Centrale et sortir de son isolement diplomatique
Vladimir Poutine, Xi Jinping et Hassan Rohani au sommet de l’OCS à Bichkek

Le Tadjikistan est une enclave à majorité persanophone sunnite en Asie Centrale. Il n’est pas le voisin le plus direct de l’Iran, cependant contrairement aux autres républiques d’Asie Centrale, il en très proche culturellement parlant. Il existe une présence ethnique très similaire en Afghanistan et Ouzbékistan mais minoritaire. Turkménistan, Kazakhstan, Kirghizistan sont plus proches de la langue turque ce qui  autorise au Tadjikistan une relation particulière avec l’Iran.

Lors de son indépendance en 1991, Téhéran fut la première nation à officiellement reconnaître Douchanbé. Mahmoud Ahmadinejad en 2006, avait même expliqué ses relations avec les Tadjiks en indiquant qu’ils formaient « un esprit, deux corps ». Pour le Tadjikistan, l’Iran est son meilleur allié après le géant Chinois. Un tunnel a d’ailleurs été envisagé par Téhéran pour un montant de 4 milliards de dollars. Le tunnel a ouvert en 2006. Il relie Douchanbé à la ville du nord Khodjent pour faciliter le déplacement de la population, mais aussi pour mettre fin à l’influence ouzbek dans la région. Le tunnel reste tout de même en perpétuelle construction et Téhéran compte mettre 8 millions supplémentaires afin d’améliorer le tunnel jugé dangereux. Une assistance qui permet au Tadjikistan d’éviter une trop grosse dépendance vis à vis de Pékin et Moscou.

Paradoxalement les relations se détériorent brusquement en 2015 lorsque Téhéran invite un membre en exil de l’IRPT, Muhaddin Kabiri (le parti de la renaissance islamique) opposant au régime, classé comme organisation terroriste par le gouvernement tadjik. En réponse Douchanbé accuse le gouvernement théocrate sur une chaîne de télévision nationale d’avoir aidé l’opposition islamique lors de la guerre civile de 1992-1997.

Un nouveau partenaire en quête de désenclavement ?

La relation entre Bichkek et Téhéran est, à l’inverse de celle avec Douchanbé, plus tardive. La relation bilatérale commence en 1992 mais les premières avancées se font en 2012. L’Iran souhaite investir sur le long terme plus de 10 milliards de dollars dans le pays. Le Kirghizistan semble pour l’Iran le partenaire le moins important en Asie Centrale du fait de son exclusion géographique. Celui-ci a une relation historique très peu marquée avec l’Iran par rapport à d’autres pays de la région. Le Kirghizistan se démarque par quelques atouts en matière de ressources naturelles. Il abrite notamment l’un des plus grands gisements d’or du monde à Kumtor mais la mine a déjà été bradée par l’entreprise canadienne Centerra Gold.

Le Kirghizistan malgré son autosuffisance alimentaire et sa spécialisation dans l’agriculture reste l’un des pays les plus pauvres d’Asie. L’industrie agro-alimentaire est le principal argument de ces échanges. Une coopération aussi présente dans le secteur touristique qui détient selon le régime iranien un important potentiel. L’éducation et la santé, en difficulté, sont les principaux points morts du régime kirghize auquel Hassan Rohani prête main-forte.

Une relation relevant plus d’une aide humanitaire vis-à-vis d’un pays en difficulté que d’un véritable partenariat économique malgré l’avancée croissante de leurs échanges bilatéraux estimés en octobre 2019 à plus de 1,63 milliards d’euros. Leurs échanges restent importants dans la mesure où Téhéran considère peut être Bichkek comme un « avant-poste de rechange » aux portes du monde chinois. Cela lui serait bénéfique si ses relations avec Douchanbé venaient à se détériorer une fois de plus. Et pour Bichkek cela peut constituer une solution face à  sa difficulté à lutter contre l’influence de Pékin. 

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Paco Ballon

est étudiant en licence de droit à l'université de Paris , passionné de relations internationales et spécifiquement des enjeux géopolitiques de l'ancien espace soviétique, de Asie de l'est, et du sud ainsi que de l'Océanie.

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