Qu’est ce que l’Occident ?

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Discussion de chefs d'Etats lors du dernier sommet de l'OTAN, organisation considérée comme représentative de "l'Occident"
Discussion de chefs d’Etats lors du dernier sommet de l’OTAN, organisation considérée comme représentative de “l’Occident”

Notion floue, utilisée à des fins de démarcation géographique et politique, l’Occident est une notion qui, loin de perdre son sens, continue de structurer les représentations géopolitiques.  Si le terme a pris un sens politique important au 19ème siècle avec le développement de la colonisation, son histoire est ancienne. Issue de la division de l’Empire romain en 285 ayant conduit à la création d’un Empire romain d’Occident, la notion d’occident se fonde très tôt sur la distinction. Il repose ainsi sur l’utilisation de certaines pratiques (alphabet latin contre alphabet grec pour l’Empire romain d’Orient ; catholicisme contre christianisme orthodoxe). Les évolutions historiques que connait le continent européen n’ont dès lors cessé de renforcer l’idée de l’existence d’un monde occidental. Ainsi l’unité militaire occidentale sous le commandement de Charles Martel au 8ème siècle, le développement des Croisades en Terre Sainte, le schisme de 1054 et la réforme protestante qui singularisent l’occident ou encore le progrès technique et l’effervescence intellectuelle du 18ème siècle ont participé à singulariser cet ensemble et créer l’idée d’Occident.

Néanmoins, cet ensemble demeure flou dans ses limites. Si la création de l’OTAN a permis d’institutionnaliser le camp « occidental » pendant la Guerre Froide, tout comme la construction européenne, les limites de cet ensemble sont sans cesse remises en cause. Comprenant stricto sensu l’Amérique du Nord et l’Europe, l’Occident comprend également l’Amérique latine qualifiée d’ « Extrême occident » ou encore le Japon et l’Australie. Cela se fonde en partie sur la trajectoire économique de ces pays mais aussi sur leurs héritages politiques, culturels et sociaux communs. Cela repose sur l’idée d’un universalisme constitué par la démocratie, les libertés individuelles, l’égalité  ou encore la séparation du politique et du religieux.

Une remise en cause croissante

La notion d’Occident permet ainsi une distinction entre les pays et justifie une certaine solidarité, comme l’illustrent les regroupements régionaux et stratégiques. Cela permet ainsi l’exclusion, à l’image de la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Cette dernière est en ce sens définie par le géographe M. Foucher comme «occidentale en dépit de l’Occident ». Il ne s’agit ainsi pas de répondre simplement aux critères mais d’être acceptée par les Etats déjà inclus dans cet ensemble. Cela pose également la question de sa fonction dans le monde contemporain. En s’institutionnalisant cet ensemble géopolitique aux contours flous s’est doté d’une mission pouvant être décrite comme universaliste, qui cristallise de plus en plus les tensions.

Le concept d’occident est de plus en plus vu de « l’extérieur » comme dépassée par les pays émergents dont les modèles et trajectoires de développement diffèrent des pays dits occidentaux. L. Boia (1) parle ainsi d’une « désoccidentalisation du monde » tandis que S. Bessis fait état d’une lassitude de « l’arrogance de l’Occident ». Le flou qui entoure cette définition a ainsi participé à la structuration du monde en espaces d’influence plus ou moins concurrents. La notion est de plus souvent instrumentalisée dans une logique contestataire (Iran, Venezuela), alors même qu’elle englobe des pays ayant des logiques et stratégies variées. La question qui se pose aujourd’hui est celle de la pertinence d’une telle notion, aussi bien en interne au regard des dissensions qui existent entre les « membres » (guerre en Irak, positions politiques vis-à-vis des conflits au Moyen Orient ou au Sahel, objectifs et modèles économiques) que vis-à-vis du monde du reste du monde.

(1) L. Boia, L’Occident une représentation historique

(2) S. Bessis, L’Occident et les autres. Histoire d’une suprématie

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