Qu’entend-on par « Arme de destruction massive » ? (2/2)

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Dans la première partie de notre série sur l’expression « Armes de destruction massive » (ADM), les origines du concept, ainsi que les éléments qui ont motivé son utilisation ont été présentés. L’acronyme ADM est plébiscité pour son utilité. Les Yeux du Monde s’intéresse désormais aux critiques qui ont été formulées à son égard.

Débat définitionnel autour du terme

Colin Powell (Secrétaire d'Etat des Etats, 2001-5) tenant une fiole d'anthrax. Il cherchait alors à convaincre le Conseil de Sécurité des NU que l'Irak possèdait des ADM.
Colin Powell (Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, 2001-5) tenant une fiole d’anthrax. Il cherchait alors à convaincre le Conseil de Sécurité des NU que l’Irak possèdait des ADM.

Un des premiers problèmes soulevés par les spécialistes du sujet est purement terminologique. En effet, il a été mis en avant que les ADM ne peuvent pas être toutes responsables de destruction massive. Par exemple, les armes biologiques sont plus adaptées à des attaques ciblées. Ceci s’explique par le fait que les agents manipulés (bactéries, virus, toxines, rickettsies)  sont fragiles, et peuvent être altérés par de brusques changements de situation. Ce fut par exemple le cas après les attentats du 11 septembre 2001, quand des lettres piégées avec de l’anthrax (maladie du charbon – Bacillus anthracis) furent envoyées à cinq médias américains, ainsi qu’à deux sénateurs.  De plus, des armes plus conventionnelles peuvent être à l’origine de massacres. L’exemple le plus souvent mis en avant est le génocide des Tutsis au Rwanda, parfois nommé « génocide à la machette » en référence à la principale arme utilisée par les Hutus.

En somme, une bombe nucléaire pourrait causer de nombreuses victimes, par une seule utilisation, comme cela a été constaté à Hiroshima et Nagasaki. Il en est de même pour certains types d’armes chimiques. A cause des avancées technologiques, elles peuvent aussi être perçues comme une réelle menace. L’utilisation de l’expression ADM mettrait donc sur un pied d’égalité quatre procédés technologiques différents et empêcherait une compréhension de leurs fonctionnements et conséquences respectifs.

L’emploi du terme ADM serait aussi à l’origine de conséquences politiques.

Au travers de cet acronyme, les armes biologiques, chimiques, nucléaires et radiologiques sont perçues de façon semblable. Or, toutes les classer dans la même catégorie est trompeur, car pour un État posséder (ou utiliser)  une arme nucléaire, n’est pas la même chose que posséder (ou utiliser) une arme biologique. Par exemple, un grand tabou caractérise l’utilisation de bombes équipées d’agents chimiques, et ce depuis la Première Guerre mondiale. L’emploi d’armes chimiques avait même été considéré comme la ligne rouge que ne devait pas franchir le gouvernement syrien, par le Président Barack Obama, lors d’un discours donné en 2013. La Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC), entrée en vigueur en 1997, prohibe la fabrication, le stockage et l’usage des armes chimiques. Parallèlement, plusieurs armées possèdent des armes nucléaires, et pourraient les utiliser à tout moment, malgré le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Ce dernier ne met pas l’accent de façon fondamentale sur un désarmement complet, contrairement à la CIAC.  Ainsi, comme nous pouvons le constater, la lutte contre la prolifération des différentes armes de destruction massive n’est pas encadrée de la même façon.  C’est en partie pour cela qu’il est nécessaire de bien les distinguer.

De plus, l’expression « Arme de Destruction Massive » aurait été vidée de son sens à cause d’une mauvaise compréhension de ce qu’elle englobe, mais aussi à cause d’une trop grande utilisation par les médias et les politiques. Au-delà de ce soucis, beaucoup s’inquiètent que la peur induite par l’acronyme pourrait donner un prétexte pour des mesures militaires non nécessaires. La Guerre d’Irak qui avait été lancé par les États-Unis en 2003 avait notamment pour but de détruire le stock d’ADM du pays de Saddam Hussein. Or, rien n’a été trouvé par l’armée américaine.

En conclusion, selon la communauté scientifique, l’emploi d’un mot « fourre-tout » empêcherait la bonne compréhension des différentes armes considérées comme capable de causer des « destructions massives ». De plus, le terme étant perçu comme anxiogène, il pourrait être utilisé facilement pour justifier des interventions militaires. C’est pour cela qu’il est suggéré de préférer les acronymes NRBC (arme nucléaire, radiologique, biologique ou chimique), ou encore NBC (arme nucléaire, biologique ou chimique). Il faudra toutefois du temps pour qu’un changement se produise, étant donné que le terme ADM reste très populaire.

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