L’Egypte face à un « coup d’État institutionnel »

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La sentence du tribunal constitutionnel, dirigé par une majorité de juges du régime de Hosni Moubarak, a ordonné la dissolution du parlement égyptien, dominé par le parti des Frères Musulmans.  Le tribunal Constitutionnel a en effet déclaré invalides les élections législatives qui se sont déroulées six mois auparavant.

Ce weekend, s’opposeront les deux candidats  Ahmad Chafik, candidat de l’armée, et Mohammed Morsi, candidat des Frères musulmans. Seulement deux jours avant le deuxième tour des élections présidentielles le Tribunal Constitutionnel coupe donc l’herbe sous le pied aux Frères Musulmans.

Ce « coup d’Etat judiciaire » est clairement dirigé envers le parti islamiste vainqueur des premières élections « libres » après la chute de Hosni Moubarak. Si la victoire revient à Chafik, cela se traduirait par un retour en arrière plein d’amertume pour un peuple qui avait l’espoir d’un souffle nouveau pour le pays.  A l’inverse, si c’est le candidat islamiste qui l’emporte, un vent de conflit pourrait souffler de nouveau sur le territoire avec de fortes tensions entre  le parti islamiste, le peuple et l’armée. D’ailleurs cette dernière est accusée de mener une « contre-révolution » allant à contre-courant de la volonté du peuple égyptien. Dans les deux cas la crédibilité du vainqueur sera entachée par toutes ces manœuvres politiques.

En 48 heures, les faibles avancées démocratiques qu’avait réussi à conquérir l’Égypte suite à la fin de l’ère Moubarak sont parties en fumée. Les militaires concentrent dorénavant le pouvoir après avoir retiré les siens aux Frères Musulmans qui détenaient 45% des sièges parlementaires.

On découvre au grand jour la tactique du CSFA ou Conseil suprême des forces armées, qui agit depuis qu’il est au pouvoir pour tenter de revenir à un mode de fonctionnement similaire à celui d’avant les révolutions arabes.  Aujourd’hui cette instance contrôle à la fois les pouvoirs exécutifs et législatifs, signe d’une absence totale de pluralité démocratique.

Après un an et demi de combat pour avancer dans le processus démocratique, un voile se pose sur l’espoir entretenu par les soulèvements populaires. Aujourd’hui, le pays ne compte ni Parlement, ni Constitution.  Le fait qu’Ahmed Chafik soit un ancien Premier ministre de Moubarak et un ancien militaire n’est bien sûr pas étranger à la dissolution. Cela démontre que, des dirigeants influents agissent dans l’ombre pour retrouver la mainmise sur l’État qu’ils ont (plus ou moins) perdue.

Cette décision renforce donc considérablement le candidat de l’armée, Ahmed Chafik, puisque dans le même temps, la Cour a aussi invalidé une loi qui empêchait à d’anciens ministres de H.Moubarak d’être candidat. Le peuple a l’occasion de voter pour ne pas retourner sous l’ancien régime ce weekend. Le chemin vers la démocratie est semé d’embûches et les égyptiens l’apprennent à leur dépens.

 

 

 

 

 

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