Les conséquences économiques de la sortie de l'accord sur le nucléaire iranien
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Les conséquences économiques de la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien

 

Lors d’une allocution télévisée du mercredi 8 mai 2018, le président Donald Trump annonce que les États-Unis se retirent des accords de Vienne relatifs à l’encadrement du nucléaire iranien et qu’ils s’apprêtaient à remettre en place toutes les sanctions qui existaient auparavant.

Les signataires de l’accord sur le nucléaire à Vienne, 2015.

C’est donc chose faite. Après de nombreuses critiques, des tentatives de médiations notamment du président français, Emmanuel Macron, Donald Trump a donc rempli une promesse de campagne chère aux conservateurs républicains. Les arguments qu’il a présenté auraient ravi Machiavel, qui écrivait dans son ouvrage « Le Prince » qu’un bon chef d’Etat ne devait respecter un traité international que s’il l’avantageait, et devait être prêt à le déchirer s’il en pâtissait. C’est dans ces termes que le Président l’a présenté dans son allocution, et c’est ce que nous allons analyser, ainsi que les conséquences, déjà visibles ou potentielles d’un tel retrait.

Peu de gains économiques pour les États-Unis

 

Les entreprises américaines n’avaient que peu bénéficié de l’accord de 2015, en comparaison des entreprises européennes, chinoises ou russes, cela pour deux double raison. D’une part, la législation interne des États-Unis sont un frein à la conquête du marché iranien. Etant donné que beaucoup d’entreprises iraniennes sont publiques, ou alors sont possédées par des Gardiens de la Révolution dont les noms se retrouvent souvent sur la liste noire des États-Unis, un certain nombre de lois dont la loi anti-corruption, la fameuse FCPA, pourrait frapper toute entreprise américaine faisant commerce en Iran. Cette crainte a été un frein au développement des activités. La deuxième est la montée des tensions politiques entre les Républicains arrivés au pouvoir en 2017 et les Iraniens, ce qui ralentissait la levée des sanctions et l’entrée de l’Iran dans le système bancaire international, indispensable au développement des activités.

Par conséquent, fidèle à sa devise America First, étant plus intéressé par les affaires que les grands dossiers stratégiques, Donald Trump estime que cet accord ne bénéficie pas aux entreprises américaines, et que par conséquent il n’y a pas de danger à s’en retirer. De l’autre côté, les États-Unis font beaucoup de commerce avec l’Arabie Saoudite, hostile à l’Iran. Les Républicains préfèrent ménager un bon client plutôt que de développer une relation avec un potentiel client qui leur est difficile.

De plus, il est possible, bien que ce ne soit pas vérifié, que Donald Trump aie vu les gains que des entreprises concurrentes aux États-Unis faisaient grâce à cet accord. En effet, les contrats signés par de grands groupes européens comme Total ou Airbus en Iran sont extrêmement perturbés par ce retrait des Etats Unis. L’ambassadeur américain en Allemagne a d’ailleurs appelé à ce que toutes les entreprises cessent leurs activités car le rétablissement des sanctions a des conséquences légales très fortes sur les entreprises européennes.

Conséquences pour les entreprises européennes

 

En effet, les États-Unis disposent de plusieurs leviers juridiques qui leur permettent de sanctionner des entreprises qui enfreindraient leur interdiction de commercer avec l’Iran. Qu’il s’agisse d’amendes, d’interdiction d’exercer sur leur territoire, leur système est efficace, très rentable pour le Trésor américain, et affecte en premier lieu les entreprises européennes. L’annonce par Total de la signature d’un contrat en Iran s’était faite au lendemain de la fameuse poignée de main entre les présidents Trump et Macron, ce qui semble présager que l’Elysée avait donné le feu vert au groupe, et que Total serait protégé en cas de rétablissement des sanctions. Toutefois, le ton a bel et bien changé entre les deux hommes, et Emmanuel Macron a d’avantage cherché à s’afficher comme un ami de son homologue.

Si l’ambassadeur américain à Berlin, Richard Grenell a déjà pratiquement donné l’ordre à Berlin de cesser « immédiatement » toutes leurs activités en Iran, la réponse de la France, de l’Allemagne, de l’Union Européenne, de la Russie et de la Chine sont pour l’instant unanimes : l’accord de 2015 doit être préservé. Berlin a déjà dénoncé cet ordre donné par M. Grenell. Il est encore tôt pour savoir si les entreprises européennes vont obéir. Si l’accord parvient à survivre au retrait des États-Unis, il faudra trouver des moyens permettant de contourner les sanctions. Le premier outil qui pourrait être utile a été abondamment présenté dans les médias français ces derniers jours, il s’agit de la monnaie. En effet, le juge américain estime qu’il est compétent à partir du moment où la devise du dollar est employé dans une transaction. Or il est possible de se passer de cette monnaie. L’emploi de l’euro est ce qui vient le plus naturellement à l’esprit, mais il serait également possible d’employer diverses cryptomonnaies afin de passer sous les radars de la justice américaine. Le bitcoin n’est qu’un des nombreux exemples. Le second élément qui pourrait tempérer la position de la Maison Blanche provient du Congrès. Les élections de mi-mandat approchant, il est possible que le Congrès force le Président des États-Unis à réviser sa position.

Néanmoins, rien n’est certain dans ce dossier. Les pays européens avaient effectivement unanimement condamné la décision des États-Unis sur cette question, mais une crise avec la Maison Blanche est toujours à appréhender, notamment alors que les armées françaises ont besoin du soutien de l’OTAN pour conduire leurs opérations extérieures, notamment dans le cadre des actuels exercices sur le porte avion USS Bush. Toutefois, une crise pourrait amener l’Europe à s’affranchir des caprices de la Maison Blanche, et pourrait en sortir gagnante sur le long terme, après d’inévitables difficultés initiales. Ce qui est certain en revanche, c’est que les stratèges russes et des conservateurs iraniens se frottent les mains. Par son simple silence, Vladimir Poutine espère sûrement assister au premier divorce entre l’Europe et les États-Unis.

About Naël DE LA SAYETTE

Naël de La Sayette est un spécialiste de diplomatie d'affaires et des questions moyen-orientales. Diplômé de relations internationales, histoire et droit, il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis Mai 2017.

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