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L’insécurité dans le golfe de Guinée : le défi de la piraterie

 

L’Afrique fait actuellement face à deux principales menaces : la hausse de l’Islam radical au Sahel et la criminalité maritime. L’attention a longtemps été tournée vers la corne de l’Afrique où les pirates somaliens sévissent. On assiste toutefois à une baisse considérable des actes de pirateries dans cette région (5 fois moins en 2013 par rapport à 2012) tandis qu’ils explosent à l’Ouest, dans le golfe de Guinée.

La stabilité du golfe de Guinée : un enjeu géostratégique majeur

La définition restreinte (« le golfe intérieur ») cantonne le golfe de Guinée à deux parties séparées par l’embouchure du fleuve Niger: le golfe du Bénin au Nord et le golfe du Biafra au Sud. Si l’on prend plutôt une définition large, le golfe de Guinée s’étend de la côte du Sénégal à celle de l’Angola, incluant une dizaine de pays, dont le plus peuplé d’Afrique, le Nigéria (plus de 170 millions d’habitants).

Le golfe de Guinée contient de nombreuses ressources (pétrole, gaz, ressources halieutiques). On estime que 70% des réserves pétrolières africaines s’y situent, représentant environ 5% des réserves mondiales (près de 24 milliards de barils). Carrefour maritime entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, ce haut-lieu du commerce globalisé est donc capital pour l’économie mondiale. Aujourd’hui, le golfe de Guinée représente 13% des importations de pétrole de l’UE et 6% de ses importations de gaz. Et de nombreux experts prévoient qu’il représentera 25% des importations de pétrole des Etats-Unis à l’horizon 2015.

Une insécurité croissante au large de l’Afrique de l’Ouest

Or cette zone est une des plus importantes du développement de la criminalité en Afrique. Le Bureau Maritime Internationale (BMI) a estimé à entre 34 et 101 millions de dollars le coût des marchandises volées par des pirates en 2012. Au 1er semestre 2013, c’est près de 100.000 barils par jour, soit près de 5% de la production nationale, qui ont été détournés du circuit de production nigérian. De plus, ces réseaux criminels, essentiellement basés au Nigéria, sont beaucoup plus violents que dans la corne de l’Afrique (certains bateaux ont été attaqués au lance-roquette avant l’abordage).

Ce développement de la piraterie est le fruit de multiples facteurs. La paupérisation d’une grande part de la population en est la principale cause. Dans la mesure où la population se sent lésée dans le partage de la rente de l’or noir, les exclus du système de redistribution sont tentés d’agir de manière illicite pour y accéder. De plus, la corruption massive de ces pays facilite la protection des pirates et l’écoulement des produits de la contrebande. Sans compter les nombreux groupes rebelles ayant des revendications politiques (comme le « Movement for the Emancipation of the Niger Delta »), qui y voient un moyen de récupérer de l’argent.

Un défi régional et international

La persistance de désaccords entre les Etats du golfe de Guinée sur les frontières terrestres et maritimes (entre le Nigéria et le Bénin, entre le Ghana et la Côte d’Ivoire), combiné à un manque de coopération dans les politiques maritimes ont facilité ce développement massif de la criminalité. De plus, les nombreuses îles et les mangroves bordant les côtes rendent difficile la traque des pirates.

C’est pourquoi le sommet de Yaoundé en Juin 2013 fut un premier pas en avant important, car les pays du golfe de Guinée ont commencé à élaborer une stratégie commune anti-piraterie. S’ajoute à cela l’investissement croissant de puissances extérieures : la France fait patrouiller depuis cette semaine deux bâtiments de guerre dans le golfe, tandis que les américains prévoient d’envoyer une délégation en Juin prochain au Gabon pour participer à la formation de la marine gabonaise.

About Léonard LIFAR

est étudiant à Sciences Po Rennes. Passionné d'histoire et de géopolitique, il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis Janvier 2014.

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