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Le Franc CFA, une souveraineté monétaire confisquée

 

70 ans après sa création, le système Franc CFA fait face à des critiques de plus en plus virulentes. Jugé comme un élément stabilisateur des économies concernées par certains, il n’en demeure pas moins un symbole postcolonial. Au-delà de son fonctionnement et du débat passionné qui entoure le Franc CFA, comment réinterroger cet anachronisme monétaire ?

Créé en 1945 au sortir de la Seconde guerre mondiale, le Franc CFA est une monnaie utilisée par 16 états africains et trois territoires du pacifique. Sur le continent africain, deux zones monétaires distinctes utilisent le Franc CFA. L’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine d’une part, et la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale d’autre part.

70 ans après sa création, doit-on en finir avec le Franc CFA ?

Derrière la genèse de ce système monétaire si particulier, il y a d’abord et avant tout la volonté du gouvernement français de maintenir ces espaces coloniaux dans un ensemble monétaire homogène, et de construire un artefact monétaire stable qui facilite les échanges commerciaux entre les colonies et la métropole. Fixés par le traité de Maastricht, le système et les institutions du Franc CFA sont étroitement liés à la France et à l’Euro. En effet, le Franc CFA apparaît comme une sous-unité de la monnaie européenne. Il existe de jure une parité fixe avec l’euro, et les pays de la zone Franc ont la stricte obligation de déposer 50 % de leurs réserves de change auprès du Trésor public français. C’est le mécanisme de compte d’opération, qui assure la convertibilité du Franc CFA en euros en contrepartie

Pour les économies parties-prenantes du système Franc CFA, cet ancrage vis-à-vis de la monnaie européenne offre une crédibilité internationale supérieure. Cependant, étant utilisé indistinctement par des économies aux structures très hétérogènes, le Franc CFA s’accompagne d’un fonctionnement très rigide. Des territoires économiques sans convergence se sont vu imposer cette monnaie commune ancrée sur l’Euro. Monnaie relativement forte, le Franc CFA est souvent critiqué et réputé ralentir le développement économique africain. Par exemple, la zone UEMOA doit contracter des crédits auprès de la BCEA entre 2,5 et 3,5% pour les prêter à ses états membres à un taux d’intérêt proche des 7%, ce qui amoindrit la capacité d’action budgétaire des États concernés.

Institutionnellement, le système Franc CFA est aussi remis en cause de par le lien de subordination qu’il crée entre les banques centrales africaines et les institutions que sont le Trésor français et la Banque de France. Ainsi, aucune décision de la CEMAC et de l’UEMOA ainsi que de leurs banques centrales ne peuvent être prises dans l’accord de cette dernière. C’est ainsi qu’en 1994, fut décidée une douloureuse dévaluation du Franc CFA pour les économies africaines. Or bien que les conseillers Afrique de l’Élysée comme Jacques Focard furent opposés à cette dévaluation, beaucoup ont vu cette décision comme un diktat politique de Paris.
En outre, de nombreuses figures africaines critiquent le mécanisme de compte d’opération. Celui-ci empêche aux économies de la zone Franc de s’endetter à la même hauteur que les économies européennes. Deuxième conséquence de ce mécanisme, les réserves de change des pays de l’UEMAO et de la CEMAC auprès du Trésor français, qui sont estimées à plus de 19 milliards d’euros et qui pourraient permettre de financer la croissance.

La politique monétaire menée en zone Franc CFA est-elle responsable du faible taux d’investissement dans ces économies ?

En effet, la priorité reste la relance de l’investissement en zone Franc. Et ce, afin d’endiguer et d’inverser la chute de la croissance des exportations de matières premières. Longtemps silencieux sur la question, le gouvernement français a officiellement ouvert le débat. En octobre 2012, à Dakar, François Hollande encourageait ainsi les gouverneurs des banques centrales « à utiliser de façon plus active les réserves de change dont les Etats de la zone Franc disposent auprès du Trésor public français ».
Mais la faible bancarisation des économies de la zone Franc empêche à la politique monétaire de jouer son rôle de transmetteur d’impulsions à l’économie réelle. En effet, les banques commerciales africaines concernées sollicitent traditionnellement beaucoup moins des financements auprès de la banque centrale que leurs homologues européennes, dans la mesure où elles disposent de suffisamment de liquidités pour faire face aux besoins de leurs clientèle et engagent une part relativement faible de leur bilan dans les activités de marché. La composante monétaire de l’inflation y est donc quasi-inexistante.

Enfin, certains pays africains membres de l’UEMOA désireux de s’affranchir du Franc CFA n’hésitent pas à se tourner vers une nouvelle monnaie, le cauri, du nom d’un coquillage qui a longtemps servi de monnaie sur le continent noir. Principal avantage à ce nouveau système monétaire, un régime de change flexible qui pourrait potentiellement augmenter la compétitivité-prix des exportations africaines. Attention cependant à la défiance des marchés ainsi qu’à une dévaluation trop importante qui renchérirait le poids de la dette passée.

About Bastien LE BARS

Étudiant à l'ESSEC (programme Grande École) et ancien étudiant de Sciences Po Rennes

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