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Cuba/Etats-Unis : une visite historique, et maintenant ?

 

Le 25 mars 2016, les célèbres riffs des Rolling Stones ont résonné dans les rues de La Havane. Pour la première fois, les Cubains ont pu admirer la grande qualité du déhanchement de Mick Jagger. Entre deux chansons, il a même déclaré à une foule euphorique : « Finally, the times are changing ! ». Ce concert a clôturé une semaine essentielle dans l’histoire de Cuba. Le groupe britannique a en effet marché dans les pas du Président Barack Obama et de sa famille. Beaucoup sont très optimistes au sujet du rapprochement américano-cubain. Cependant, après une analyse de la situation on pourrait être tenté de chanter « (I can’t get no) satisfaction ».

Pour symboliser le rapprochement de leurs pays, Barack Obama et Raul Castro ont assisté à un match de baseball le 22 mars 2016 à La Havane. (c) Rebecca Blackwell
Pour symboliser le rapprochement de leurs pays, Barack Obama et Raul Castro ont assisté à un match de baseball le 22 mars 2016 à La Havane. (c) Rebecca Blackwell

Quand on parcourt la presse, on pourrait presque avoir l’impression que le plus difficile a déjà été fait. Il est vrai que depuis le rétablissement officiel des contacts diplomatiques le 17 décembre 2014, beaucoup a été accompli. Toutefois, encore de nombreux problèmes restent à résoudre. Parmi eux, il y a notamment la question de la base de Guantanamo, et principalement l’embargo économique imposé depuis octobre 1960. De plus, il faut gérer les critiques de Fidel Castro, qui reste une figure emblématique à Cuba.

Cette perspective pessimiste ne signifie pas que le rapprochement doit s’arrêter. Étant donné que Cuba est situé à moins de 90 miles des plages de Floride, il est dans l’intérêt des États-Unis de travailler sur cette problématique. Néanmoins, il y a un obstacle principal qui pourrait empêcher l’accomplissement total du processus de normalisation : le Congrès. Ce dernier est en effet la seule institution qui peut lever l’embargo économique, en abrogeant tout particulièrement le Cuban Democracy Act de 1992, et le Helms-Burton Act de 1996.

Le Congrès dispose donc de larges compétences qui peuvent façonner la politique étrangère du pays. Même si le Président a le pouvoir d’initier et d’implémenter une politique étrangère particulière, il a toujours besoin de l’accord du Congrès sur certains points.

On ne peut pas nier que le Congrès est essentiel pour contrôler et balancer l’autorité du Président. Cependant, en ce qui concerne les affaires internationales, les rôles du Congrès et du Président se chevauchent. Cela peut déboucher sur des impasses. Actuellement, c’est le cas concernant l’embargo économique étant donné que le Congrès – dominé par le Parti républicain – est contre la fin de cette forme d’isolationnisme. De plus, comme le démontre aussi le cas cubain, le Président ne peut pas tout faire seul en se reposant sur son autorité exécutive. Au-delà de ce point, ce qui est inquiétant est que le prochain occupant du Bureau ovale pourrait détricoter facilement ce qui a été accompli en adoptant un nouvel « executive order », allant dans le sens contraire de la politique de B. Obama.

De ce fait, ce qui est aujourd’hui nécessaire est d’avoir un alignement de point de vues entre le Congrès et le Président au sujet de la relation Cuba/États-Unis. C’est seulement si une telle corrélation se produit que la situation évoluera vraiment. De nombreux sondages révèlent que l’opinion publique américaine est déjà convaincue de la nécessité de lever l’embargo économique. Tous les éléments mentionnés précédemment démontrent que si les membres du Congrès changent d’avis, cela ne pourrait être que bénéfique pour les liens entre les deux pays. Il y a encore un long chemin à parcourir pour que la relation entre Cuba et les États-Unis soit paisible. Si une collaboration plus étroite est établie entre les branches exécutive et législative en terme de politique étrangère,  la situation pourrait évoluer plus aisément.

De cette façon, Barack Obama, ou son successeur, pourrait assister à un nouveau match de baseball aux côtés de Raul Castro, tout en fredonnant « The Times They Are A-Changing ». Ainsi, il serait d’accord avec Mick Jagger et Bob Dylan.

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Étudiante à Sciences Po Bordeaux (Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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