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California dreamin’ ? Le rêve américain à l’épreuve de la Californie

 

Le 28 Janvier 2017, Alex Padilla, Secrétaire d’Etat à la Californie a donné son feu vert pour amorcer le processus de sécession de la Californie aux Etats-Unis. Cet acte politique s’inscrit dans la lignée de la forte vague d’opposition à Donald Trump, la Californie étant devenu en quelques semaines le bastion de la contestation à Washington. Mais au-delà de la contestation, n’est-ce pas le premier jalon d’un mouvement identitaire californien structuré risquant à terme de mener à une scission inédite avec les Etats-Unis ?

L’identité californienne : phénomène nouveau ?

Terres de richesses, de fantasmes et d’idéal, la Californie est sous bien des aspects, un « Etat dans l’Etat (…) territoire doté d’un caractère propre »[1]. La Californie a longtemps été une terre de mélange culturel et ethnique, abritant tantôt des missions espagnoles, des troupes russes, des trappeurs canadiens et français, puis des Mexicains et des colons américains, dans la première moitié du XIXème siècle. L’annexion de la Californie par le Mexique suite à la guerre d’indépendance (1810-1821) va faire émerger un mouvement de contestation contre le gouvernement de Mexico, qui souhaitait reconduire les missions. C’est à ce moment que naît l’idée d’une identité californienne. S’en suivent de véritables tensions en Californie, qui atteignent leur paroxysme avec la guerre entre le Mexique et les Etats-Unis, qui se solde par la cession de la Californie aux Etats-Unis à la moitié du XIXeme siècle.  Figurant parmi les derniers territoires acquis par les USA, la Californie est devenue l’aboutissement de la conquête de l’Ouest, au point que l’identité californienne s’est longtemps fondue avec l’idéal du rêve américain.

Néanmoins, l’idée d’une indépendance californienne n’est pas nouvelle. Depuis 1850, la Californie compte près de 200 propositions visant à faire sécession avec les Etats-Unis. Le mouvement identitaire est aujourd’hui porté par le parti « Yes California », qui estime que la Californie est devenue suffisamment riche et puissante pour devenir autonome. Néanmoins, le mouvement a pris une toute autre dimension depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Si la Californie était indépendante, il s’agirait de la sixième puissance économique du monde…devant la France

Dans quelles mesures le contexte de tensions politiques aux USA accentue le phénomène ?

Avec la signature du décret anti-immigration interdisant temporairement l’entrée sur le territoire américain aux ressortissants de sept pays d’Afrique et du Moyen-Orient, Trump a vu se lever de fortes oppositions dans toutes les couches de la société. Et ces oppositions ont été particulièrement virulentes en Californie.

Sur le plan politique, Alex Padilla, Secrétaire d’Etat à la Californie a entamé un processus de sécession de la Californie, en favorisant l’introduction d’une proposition de référendum, en vue des élections de 2018. Si les partisans de l’indépendance de la Californie sont encore minoritaires, le parti indépendantiste CNP California National Party est très récent (fondé en 2015) et pourrait bien s’affirmer sous la présidence Trump. Les représentants démocrates ont appelé à faire de la Californie un sanctuaire pour défendre le droit des immigrés contre la Maison Blanche…dans un état qui compte 56% de population issue de l’immigration[2].

Sur le plan judiciaire, la cour d’appel de San Francisco a maintenu le blocage du décret de Trump en invoquant « l’intérêt général ». En réaction à l’annonce de Washington, de nombreuses villes californiennes, dont San Francisco et Los Angeles avaient d’ores et déjà déclaré qu’elles n’appliqueraient pas le décret en appelant à faire de la Californie un sanctuaire pour défendre le droit des immigrés. Pour Donald Trump, il s’agit d’une première défaite…et elle vient de Californie.

Une sécession de la Californie est-elle possible ?

Sur le plan politique, la Constitution ne prévoit pas de scénario de sécession d’un des Etats des USA. Cependant, le Texas v. White case de 1869 déclare que les Etats sont perpétuellement liés aux USA et ne peuvent s’en dissocier qu’en cas de révolution ou de consentement des autres Etats. La sécession de la Californie devrait passer par un amendement de la Constitution, qui nécessiterait nécessairement 2/3 des votes du Sénat et de la Chambre des Représentants, ainsi que l’accord formel de 38 des 50 Etats du pays. Cela rend donc peu probable le scénario d’une scission. La Californie s’est toujours démarquée par son progressisme (écologie, légalisation de la marijuana, restriction du droit au port d’armes, hausse des niveaux de taxes etc.) et vote souvent en faveur des candidats démocrates. Cependant, la Californie présente un électorat disparate et Trump a réalisé un score plus important que prévu (32% des voix, contre plus de 60% pour Hilary Clinton), ce qui ne favorise pas l’idée d’une scission.

Sur le plan économique, le scénario d’une Californie indépendante est plausible, tant la Californie a une économie de pointe, forte et diversifiée. Avec près de 40 millions d’habitants, la Californie est l’Etat américain le plus peuplé, et présente un important marché de consommateurs. Portée par son industrie de pointe dans la Silicon Valley, la Californie est le berceau de géants comme Google, Apple, Tesla, Facebook, accueille les chercheurs du monde entier et pourvoit près du quart des brevets déposés aux Etats-Unis. Bénéficiant de conditions climatiques exceptionnelles, la Californie présente une agriculture diversifiée et de qualité. Il s’agit également de l’Etat le plus industrialisé des Etats-Unis, devant ceux de la Rust Belt et ses deux mégapoles, San Francisco et Los Angeles lui assurent un rayonnement international. Si la Californie était indépendante, il s’agirait de la sixième puissance économique mondiale…devant la France.

Une scission de la Californie semble peu probable mais il n’en demeure pas moins vrai que le mouvement « Yes California » est le premier stigmates de fractures dans l’Amérique de Donald Trump. Si la Californie incarne aujourd’hui à elle seule le rêve américain, elle en dessine aussi les limites.

 

 

[1] Walker et Suresh (2013)

[2] U.S. Census Bureau

About Timothée WITKOWSKI

Géographe de formation et diplômé d'une école de commerce, j'ai orienté ma carrière vers les questions énergétiques et les affaires européennes. Je travaille à Bruxelles en tant que chargé de financements de projets énergétiques européens.

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