Le soft power chinois, un discours international à rebours du modèle occidental
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Le soft power chinois, un discours international à rebours du modèle occidental

 

Du 18 au 24 octobre 2017, se tenait le XIX° Congrès du Parti communiste chinois, événement phare qui trace les grandes orientations politiques de la Chine. Ce fut l’occasion pour Xi Jinping de réaffirmer l’objectif du « rêve chinois », c’est-à-dire faire de la Chine la première puissance mondiale. Dans une course à la puissance visant à détrôner les États-Unis, le soft power est officiellement au premier rang des préoccupations depuis son inscription dans le 12ème plan quinquennal (2011-2015). Son originalité repose sur un discours international volontairement aux antipodes de celui apparenté à l’Occident.

Xi Jinping et l’ancienne présidente du Brésil, Dilma Roussef. Les deux pays ont signé une série d’accords économiques pour un total de 50 milliards de dollars

Puissance majeure, la Chine dispose d’un panel d’outils pour développer son influence et son attractivité à l’échelle internationale, à l’image des Nouvelles routes de la Soie ou des instituts Confucius. Cet ensemble est avant tout étayé par un discours politique, lequel s’adresse principalement aux puissances émergentes ou en développement. À l’opposé de ce qu’a pu refléter un certain comportement occidental, la Chine refuse explicitement toute idée d’une gouvernance mondiale dominée par un seul État, tout comme elle se dresse face à la prétention universelle des valeurs démocratiques et du régime libéral. À la suprématie occidentale en déclin, la Chine propose alors une alternative basée sur un strict respect de la souveraineté, sur la non-ingérence et sur l’émergence d’un nouveau modèle de gouvernance internationale.

Ce discours est particulièrement percutant vis-à-vis des États souhaitant se détacher de l’influence occidentale. Dans les faits, cela se concrétise par une approche plus pragmatique qu’idéologique. Exemple représentatif, à l’égard des pays africains ou sud-américains, contrairement aux États-Unis ou à l’Union européenne, la Chine ne conditionne pas ses investissements économiques à la réalisation d’efforts en matière de démocratie ou de droits de l’Homme. En se désintéressant des situations politiques intérieures, elle échappe, en partie seulement, aux accusations néo-colonialistes ou impérialistes habituellement adressées aux puissances occidentales. Ce discours assure alors un terreau fertile à l’influence chinoise qui s’exprime à la fois économiquement et politiquement. La Chine est ainsi devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique, mais également des trois principales économies d’Amérique du Sud (Brésil, Chili, Pérou). Par l’intermédiaire des sommets sino-africains (depuis 2000) ou du Forum Chine-Amérique latine (2015), Pékin est alors en mesure de récolter les fruits politiques de ses efforts, comme l’obtention de la non-reconnaissance de Taïwan.

Le soft power chinois repose donc moins sur son rayonnement culturel que sur sa capacité à coopter des partenaires par la proposition d’une voie alternative par rapport à la référence occidentale. Autrement dit, peu importe que les populations rêvent américain, si les dirigeants rêvent chinois.

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Pour aller plus loin

« Rêve chinois » : François Godement définit ce « rêve » comme le souhait pour les Chinois « d’être les propriétaires absents du monde […] En profiter […] sans le gouverner. Il n’y a pas d’ambition globale dans la culture chinoise ».

A lire dans : Conflits, « États-Unis/Chine, qui sera le premier ? », n°18, janvier-mars 2018.

« Soft power » : Concept popularisé par Joseph Nye, le soft power correspond à l’influence que peut avoir un acteur sur d’autres au sein du système international et sur la capacité à les « coopter » sans avoir recours à des moyens de coercition militaire ou économique (hard power). Par conséquent, le discours et l’image politiques d’un État rentrent pleinement dans son potentiel d’attractivité.

About Axel CARROT

Axel CARROT est diplômé d'un master 2 en Relations internationales – Sécurité et Défense. Il s'intéresse plus particulièrement au Moyen-Orient et aux représentations identitaires en géopolitique.

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