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Le choix fort de la transition écologique en Suisse

 

Dimanche dernier, les Suisses ont approuvé par référendum le projet de loi visant à sortir progressivement du nucléaire. Le Oui l’a emporté avec 58,2% dans un pays où la consultation référendaire est au cœur de la vie démocratique. Dans le pays, aujourd’hui, environ 40% de l’électricité produite l’est au moyen de l’énergie nucléaire.

En adoptant un projet de loi sur la transition énergétique, la Suisse tourne doucement la page du nucléaire.

Projet « 2050 »

Le résultat de la consultation n’est pas une surprise pour autant puisque les sondages des dernières semaines accordaient une avance confortable en faveur du projet. Celui-ci est issu d’une longue réflexion, née suite à la catastrophe de Fukushima en 2011. La Suisse avait, à cette occasion, été l’un des premiers pays, avec le Japon, principal concerné, à s’engager vers la sortie définitive du nucléaire et le développement des énergies renouvelables. Le projet adopté par référendum a pour horizon l’année 2050. Il prévoit notamment une baisse de la consommation d’énergie dans les foyers helvétiques de l’ordre de 43% en 2035 par rapport au niveau de consommation qui était celui de la population suisse en 2000. La mesure phare du texte de loi est l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, tout en conservant l’activité des établissements existants dont la sûreté n’est pas remise en cause.

Actuellement, la Suisse compte cinq réacteurs, répartis sur quatre centrales nucléaires. L’une d’entre elles, Mühleberg, doit être débranchée en 2019. La centrale qui engendre le plus d’inquiétudes en Suisse est celle de Beznau, mise en service en 1969, et considérée comme la plus vieille centrale au monde encore en activité. Un de ses deux réacteurs est en maintenance suite à la découverte de failles dans sa cuve et l’approbation de la « Stratégie énergétique 2050 » pourrait bien accélérer sa fermeture.

Une consultation qui a des précédents

Une première consultation sur la sortie du nucléaire en 2003 avait recueilli deux tiers de votes négatifs. Cependant, le contexte ayant changé, une comparaison avec 14 ans d’écart n’a pas de sens. En revanche, le 27 novembre dernier, les écologistes avaient proposé un texte sur une sortie, rapide cette fois-ci (2029), du nucléaire que les Suisses avaient rejeté à 54% par référendum. Alors que certains observateurs ont rapidement conclu au rejet de la transition écologique, la consultation du week-end dernier tend à prouver que les Suisses avaient surtout rejeté la faiblesse du projet de novembre 2016. En effet, contrairement au texte gouvernemental, la stratégie des écologistes aurait entraîné de facto une dépendance énergétique de la Suisse aux importations d’énergies fossiles, très nocives pour l’environnement.

Un projet pas tout à fait unanime

Le texte de loi proposé au référendum par le gouvernement a fait l’objet d’un consensus plutôt large. Seul l’UDC (Union Démocratique du Centre), parti nationaliste et conservateur a farouchement combattu le projet. Leur argumentaire repose sur les sacrifices à venir pour la population. Une campagne, très exagérée, autour de la « douche froide » la plus chère du monde et d’un paysage défiguré par les éoliennes, a été menée par l’UDC. Alors que le projet prévoit une hausse de 40 francs suisses par an et par ménage pour soutenir cette transition écologique, l’UDC a brandi la menace d’une hausse de 3 200 francs suisses, sans succès.

Par ailleurs, la presse a également soutenu en masse le projet gouvernemental. Le Quotidien jurassien a même parlé de « cadeau [fait aux] générations futures ». Cependant, plusieurs interrogations persistent et témoignent de la timidité relative du projet de transition énergétique suisse. En effet, contrairement au texte repoussé en novembre 2016, ce texte de loi précis ne fixe pas de date à la fermeture des centrales déjà existantes. Enfin, la question du stockage de l’énergie n’a pas été considérée et, dans ce contexte, des importations d’énergies nucléaires et fossiles pourraient être, malgré les affirmations gouvernementales, à l’ordre du jour.

About Marc GERARD

Etudiant en Master recherche Histoire des Mondes Modernes et Contemporains à l'Université Bordeaux Montaigne. Rédacteur aux Yeux du Monde depuis janvier 2016.

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