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La « faim dans le monde » est-elle un instrument au service de la géopolitique ?

 
Selon certaines ONG, plus de 600 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim d'ici 2080.
Selon certaines ONG, plus de 600 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim d’ici 2080.

795 millions. C’est le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation en 2015. Ce devait être un enjeu de la COP21 ; il fût négligé pour de nombreux commentateurs. 20 ans après le lancement d’un processus de libéralisation accrue des échanges et d’une surproduction massive de biens et services à l’échelle mondiale, la question se pose des facteurs (ou acteurs) qui maintiennent un déséquilibre dans la répartition des denrées alimentaires. Tentative d’explication.

Des progrès en demi-teinte depuis 1945

Au milieu du XXème siècle, les horreurs commises dans le cadre de deux conflits mondiaux ont éveillé les consciences. Cependant, après 3 Sommets mondiaux, et la création d’organisations telles que l’ONU, le Programme alimentaire mondial (PAM), ou encore l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la problématique de la faim se pose encore avec persistance dans un monde où une partie de la population (au Nord principalement) dispose de denrées alimentaires et de produits manufacturés en excès.

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) adoptés par l’ONU en 1990 prévoyaient d’éradiquer l’extrême pauvreté et la faim d’ici à 2015. 25 ans plus tard, les progrès réalisés sont perceptibles, la proportion de personnes sous-alimentées dans les régions en développement ayant baissé de près de moitié, passant à 12,9 % en 2014-2016. Or, la croissance démographique fulgurante que connaissent les pays en développement minimise cette baisse : pour exemple, d’une population de 640 millions d’habitants en 1990, l’Afrique est passé à 1 milliard en 2014.

Par ailleurs, l’Accord conclu le 12 décembre 2015 à l’issue de la COP21 inclut la notion de sécurité alimentaire, mais les engagements concrets restent faibles.

Alors, est-ce si compliqué ? Il semblerait que non. Selon la FAO, un investissement de 44 milliards de dollars dans l’agriculture vivrière des pays du sud pendant 5 ans aurait pu permettre de mettre fin à la sous-alimentation, alors que près de la moitié des denrées alimentaires produites seraient aujourd’hui gaspillées.

Sous-alimentation: à qui profitent les inégalités ? 

Ce constat pousse certains, tels que Jean Ziegler, ancien Rapporteur spécial auprès des Nations-Unies, à affirmer que la faim serait un outil au service du maintien du (dés)équilibre des puissances sur la scène internationale.

Elle serait d’abord entretenue par les Etats occidentaux qui, rendant dépendants les pays en développement à une aide alimentaire plus qu’attendue, maintiendrait sur ces derniers un certain pouvoir de persuasion dans les affaires internationales. Autres facteurs  : le détournement de l’aide par des gouvernements d’Etats corrompus, mais aussi son instrumentalisation dans le cadre de conflits. En 2014, le PAM a révélé ses soupçons sur un détournement de l’aide distribuée en Syrie, par Daech.

Enfin, les acteurs du libre échange. Les 200 premières sociétés agroalimentaires contrôleraient 25% des ressources productives mondiales et exerceraient une influence considérable sur la formation des prix. L’OMC et le FMI, représentants farouches de jeu du libre-échange, s’opposent ouvertement au droit à l’alimentation défini dès 1948 par l’ONU, et ont notamment fustigé la gratuité de l’aide alimentaire, estimant qu’elle pervertirait le marché.

L’ensemble de ces données renforce les soupçons d’une mise en pratique de la théorie de Malthus publiée au XIXème siècle, selon laquelle la population augmentant de façon exponentielle par rapport aux ressources disponibles, seule la loi de la nature doit réguler la répartition de ces ressources. Oui, mais il y-a-t-il un espoir ? Peut-être devrions-nous davantage privilégier l’application de la théorie confucéenne selon laquelle pour soulager une personne de la faim, « mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »

About Marjorie GUIBERT

Etudiante en droit international, elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis juillet 2014.

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