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Rétrospective 2016 : l’OPEP enraye la chute des cours du pétrole

 

Confrontés à une chute vertigineuse du prix du pétrole depuis 2014 affectant leurs revenus, les pays-membres de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) se sont efforcés de trouver un accord visant à faire remonter les cours. Retour sur une année qui a vu une fois de plus l’or noir être au centre de l’actualité économique internationale.

Moyenne annuelle du prix du baril de Brent de 2010 à 2016 (Source : Ministère de l’Environnement)

En 2013, le cours du Brent avait dépassé les 120 $ par baril, avant de chuter de façon spectaculaire pour s’établir à une moyenne de 52,35 $. Le début d’année 2016 n’a pas enrayé cette baisse des prix, le baril passant sous la barre des 30 dollars, un niveau plus atteint depuis 2003. Cette diminution massive des cours du pétrole a été due à plusieurs facteurs géopolitiques. Tout d’abord, la levée des sanctions commerciales envers l’Iran a permis l’irruption d’un nouveau géant dans la production de pétrole. De plus, l’accent mis par les États-Unis dans l’exploitation du schiste a également contribué à accroître l’offre de pétrole sur le marché mondial. Enfin, la volonté des treize pays-membres de l’OPEP1 de maintenir leur niveau de production – en dépit de l’irruption des nouveaux acteurs précédemment mentionnés – a saturé le marché.

Si pour les consommateurs ces niveaux très bas du pétrole se sont traduits par une baisse des prix à la pompe et donc des économies non-négligeables, les pays producteurs ont vu leurs finances publiques largement affectées. On peut mentionner en particulier le Venezuela, dont l’économie fondée quasiment exclusivement sur l’exportation du pétrole (environ 95%) s’est effondrée avec la chute des cours. Cela a abouti à une grave crise économique et politique dont le pays apparaît pour le moment incapable de se sortir. On le voit donc, l’enjeu principal pour ces pays était d’essayer de s’entendre afin de mettre un terme à la chute des cours du pétrole.

De l’échec de Doha à l’accord d’Alger

Faisant face à un état de leurs finances publiques qui s’aggravait, les pays de l’OPEP ont annoncé un sommet afin de discuter d’un accord visant à désengorger le marché et faire remonter les cours à des niveaux davantage supportables. L’annonce de cette réunion stratégique a permis de faire remonter le baril aux alentours de 45 dollars, sauf que ledit sommet qui s’est déroulé à Doha en avril n’aboutit pas, notamment en raison des dissensions entre deux des principaux membres de l’organisation, à savoir l’Iran et l’Arabie Saoudite. Malgré cet échec, les prix sont restés assez stables pendant l’été en raison de baisses de production conjoncturelles comme au Canada. C’est en septembre qu’un accord-surprise est trouvé entre les membres de l’OPEP lors d’un forum économique à Alger : ces derniers conviennent d’une réduction de leur production d’environ 1,2 million de barils par jours. L’accord a ensuite été ratifié le 30 novembre au sommet semestriel de l’organisation à Vienne puis d’autres pays non-membres de l’organisation, dont la Russie, ont également accepté de baisser leur production journalière. Cette baisse ne s’appliquera toutefois pas de la même façon à l’ensemble des pays. En effet, certains pays en difficulté pourront maintenir leur niveau de production afin de pouvoir profiter de la hausser attendue des prix : ce sera notamment le cas pour la Libye ou le Nigeria.

L’année 2016 a donc signifié un tournant dans la stratégie des principaux pays producteurs de pétrole, poussés par la baisse continue des prix à revoir leurs plans, en particulier l’Arabie Saoudite. Reste à savoir si les engagements pris auront un impact durable sur les prix l’année prochaine. L’idée de laisser le Brent à un niveau aussi bas avait été en partie pensée pour rendre le schiste étasunien non-rentable, l’accord d’Alger pourrait avoir comme conséquence de relancer cette industrie aux États-Unis et donc d’accroître de nouveau l’offre sur le marché pétrolier. La déstabilisation du Moyen-Orient et l’évolution des rapports de force entre les puissances de la région pourraient également influer sur les prix à l’avenir. Si une chose est sûre, c’est que l’impact aussi fort des fluctuations des cours du pétrole sur l’économie mondiale montre que la transition énergétique des puissances industrielles mondiales est encore loin de se concrétiser …

1 L’Indonésie a suspendu son adhésion à l’organisation le 30 novembre 2016

About Lucas MAUBERT

Diplômé de Sciences Po Rennes, spécialisé en histoire des relations internationales et particulièrement en Amérique du Sud. Membre des Yeux du Monde depuis mai 2016.

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