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Libre-échangisme ou échangisme libre ?

 

En dépit d’un commerce mondial en berne avec une croissance en volume de 2% en 2012, loin des 14,5% de 2010, le libre-échangisme, qui prône l’abaissement des barrières économiques pour dynamiser les échanges mondiaux, est une doctrine à la mode : ce week-end se négociaient les traités transpacifique (USA / pays d’Asie hors Chine, TPP) et transatlantique (UE/USA), une semaine après le passage de Shanghai en zone franche.

La mondialisation marque l’apogée des échanges entre les acteurs : les volumes des exportations de marchandises ont été multipliés par 3 depuis 1990. Sous le coup des négociations du GATT et des rounds de l’OMC, les barrières douanières sont passées en moyenne de 40% après-guerre à 4% aujourd’hui.  Mais avec la crise, évanoui le libre-échange, réhabilité le protectionnisme ! Les pays développés le réclament pour réduire leurs déficits commerciaux et les inégalités (pression des salaires non-qualifiés à la baisse) alors que les pays non-développés en rêvent pour s’introduire sur des produits sophistiqués par un « protectionnisme éducateur » (List). A l’heure de la division internationale des processus de production (DIPP), il apparaît difficile d’envisager de telles mesures. L’éternel débat entre libre-échangisme et protectionnisme n’en demeure pas moins relancé !

Pourtant, il existe une solution intermédiaire : la régionalisation. L’UE, l’ALENA, le Mercosur, l’ASEAN sont des zones de libre-échange à l’intérieur de frontières bien protégées. Toute marchandise, pour entrer sur le sol européen, doit s’acquitter du tarif extérieur commun. Le régionalisme est-il un substitut au multilatéralisme, ultime ruse des Etats nations en difficulté pour protéger leur souveraineté, ou une étape en vue du libre-échangisme intégral puisqu’il est plus facile de négocier par blocs qu’individuellement ?

Se substitue ainsi au libre-échangisme un échangisme libre où chaque pays choisit et change son partenaire pour mieux lutter contre ses adversaires. La logique de bloc reprend de l’actualité. Le problème est que les voisins sont souvent des concurrents ! Car dans la logique ricardienne, les pays développés disposent d’un avantage comparatif dans les produits sophistiqués sur les pays émergents en raison de leur main d’œuvre qualifiée et de leurs infrastructures. Par conséquent, France et Chine ont intérêt à commercer ensemble, puisqu’ils ne vendent pas la même chose (en théorie). Le rival d’une équipe de football n’est pas une équipe de volley ! En revanche, les pays dotés des mêmes avantages comparatifs entrent en concurrence et se différencient par leur compétitivité sur leur niveau de gamme : c’est le cas de la France et de l’Allemagne. Contre la décadence des années 1990, Schröder a réalisé une « dévaluation interne »  pour renforcer sa compétitivité … face à ses voisins ! En quoi il est parfois préférable, en faveur du libre-échange, de changer librement de partenaire ! De plus, rien n’empêche le pays en question de retourner sa veste, nouant alliances et partenariats pour survivre. C’est le cas des USA avec leur TPP excluant la Chine et leur accord transatlantique avec l’UE, à l’heure d’un rapprochement avec Pékin. En pleine guerre économique, le « swap » n’est pas à la mode qu’en finance !

About Grégoire HALLIEZ

est étudiant à Audencia Nantes après une classe préparatoire économique et commerciale au Lycée du Parc (Lyon).

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