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L’altermondialisme (2/3) : quel mouvement ? Quelles revendications ?

 
Ignacio Ramonet, créateur d'ATTAC
Ignacio Ramonet, créateur d’ATTAC

A la structuration des mouvements altermondialistes se trouvent bon nombre d’Organisations Non Gouvernementales (ONG). Leurs domaines d’intervention sont plus que variés (environnement, action humanitaire, etc.). Mais leur présence et leur poids actuel ne sont dus qu’au relatif désengagement opéré par les gouvernements dans les domaines sus-cités. L’implication de certaines dans le mouvement altermondialiste ne fait guère de doute. Citons l’Association pour la taxation des transactions financières (ATTAC), fondée en 1998 par Ignacio Ramonet, dont l’un des buts est de taxer les mouvements de capitaux afin d’enrayer (entre autres) la spéculation. ATTAC est bien une organisation altermondialiste, luttant contre « trois libertés liberticides : liberté du commerce international, des capitaux et des flux financiers ».

N’oublions pas non plus le militantisme d’associations diverses. L’altermondialisme tente en effet de faire place à la société civile, complètement oubliée par la vague ultralibérale des années 1980. Le but des forums sociaux mondiaux est donc bien défini : permettre aux civils de s’exprimer et de se mobiliser. Comme les libéraux, les altermondialistes luttent pour la démocratie. Mais à la différence des premiers, ils souhaitent la voir imposer dans les grandes organisations internationales (FMI, OMC, etc.), ce qui n’est pas vraiment le cas pour l’instant.

Mais à toute bonne organisation, il faut des leaders. Personne ne peut se targuer d’être un « leader » de l’altermondialisme, puisqu’il n’y a pas de mouvement unifié. Quelques uns ont pu néanmoins s’illustrer : le sous-commandant Marcos (voir 1), ou José Bové. Tous les deux ont un point commun : la défense des paysans, notamment ceux du « Sud » économique.

La force du mouvement altermondialiste est d’avoir su utiliser les moyens de communication développés par le capitalisme, notamment avec les NTIC. Cela va de l’organisation de manifestations décidées sur Internet à l’utilisation du piratage informatique. Internet ne pouvait que convenir à un mouvement sans véritable centre ni hiérarchie. Mais n’oublions pas certaines actions prétendument « illégales », relevant, en réalité, plus de la défense d’idéaux que de véritables actes « illégaux », telles que les destructions de plants d’OGM.

Enfin, il convient de relever les leitmotivs altermondialistes. En premier lieu, contester avec véhémence la mondialisation libérale et ses corollaires (loi du marché, déréglementations en tout genre) pesant sur les populations, permettant à une minorité de s’accaparer la majorité. Sans oublier le consumérisme, l’utilitarisme de nos sociétés*. A cela s’ajoute une posture volontiers tiers-mondiste, ou « sudiste ». Le cheval de bataille de Bové est ainsi la lutte contre les « dumpings sociaux » créés par la mondialisation. Ils reprennent ainsi des arguments véhiculés durant les « Trente Glorieuses » sur l’échange inégal entre le Nord et le Sud. Ils militent pour toutes les mesures qui pourraient aider le Sud : annulation de dettes, hausse de l’APD… Ils ne veulent plus du mensonge instigué par les organisations occidentales : une ouverture des marchés soi disant génératrice de croissance et de richesse, qui en réalité appauvrit le paysan, à cause des subventions agricoles du Nord.

*Cf. Le monde n’est pas une marchandise, par José Bové et François Dufour, 2000.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d’HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d’un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l’Association Les Yeux du Monde

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