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Les relations latino-étatsuniennes depuis 1990 (1/3)

 

Jadis chasse gardée des Etats-Unis durant la Guerre Froide, moyennant divers accords politiques et interventions militaires, l’Amérique Latine voit en la chute de l’URSS une possibilité d’indépendance par rapport à la tutelle états-unienne. Indépendance qui, dans les faits, ne se manifeste guère.

George Bush Sr. (au centre), initiateur de l'ALENA avec le Canada et le Mexique
George Bush Sr. (au centre), initiateur de l’ALENA avec le Canada et le Mexique

Au début de la décennie 1990, l’Amérique Latine sort de plusieurs années de dictature. Les militaires, au pouvoir dans la majorité des pays, ont pour la plupart connu des échecs économiques que la répression et la terreur ne pouvaient endiguer. Cette vague démocratique poursuit néanmoins les efforts d’ouverture économique promus par les despotes précédents, mais dans un consensus interne et externe (entendre, régional) plus évident.

Alors que l’URSS tombe, on pouvait penser que les Etats-Unis réduisent leur appui au reste du continent, après des décennies de crainte d’une contagion communiste, entrevue à Cuba ou au Nicaragua. Pourtant, l’inverse se produit. En 1990, lorsque le président Bush père propose de créer, à terme, une Zone de Libre-échange des Amériques (ZLEA), « de l’Alaska à la Terre de Feu », l’initiative surprend et est plutôt bien reçue par les pays latino-américains. Certes, l’intégration est déjà bien avancée avec les deux voisins canadien et mexicain (pour former l’ALENA en 1994). Mais le reste du continent comprend l’intérêt qu’il a à se rapprocher économiquement des Etats-Unis.

Le rapprochement régional, alternative ou complément de l’appui états-unien ?

L’Amérique Latine a choisi un rapprochement original avec les Etats-Unis. Sentant l’ouverture du grand frère états-unien, chaque pays du continent aurait pu signer des accords chacun de son côté, comme cela a pu être le cas sur d’autres continents. Mais c’est par l’intégration régionale que ce rapprochement se fait. L’Argentine et le Brésil, après des années de méfiance, jettent les bases de ce que sera le Mercosur au milieu de la décennie. Plus à l’Ouest, le pacte andin datant des années 1960 est peu à peu rétabli. Et plus au Nord, les pays de la zone caraïbe inaugurent un Traité de libre-échange en 2004 (le CAFTA). Voilà donc l’arrimage souhaité par les Etats-Unis de plus en plus évident, qui plus est via un libre-échange et un niveau de démocratie jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale sur le continent.

Néanmoins, alors que les années 1990 sont celles de l’arrimage, le nouveau millénaire génère plus de résistances à l’ouverture vers les Etats-Unis. A la manière de la zone franc existant en Afrique, les Etats-Unis pensent pouvoir créer une zone dollar, avec le prétexte d’échanges encore plus facilités. Cependant, les puissances émergentes du continent la refusent (Argentine, Brésil), ne laissant que peu de pays y adhérer (Equateur, Salvador).

Mais c’est politiquement que le refus va se manifester. En effet, les « démocrates » au pouvoir depuis la chute des dictatures n’ont fait qu’appliquer béatement les préceptes économiques libéraux venus de Chicago. Or, la greffe prend souvent mal et les populations manifestent leur insatisfaction. Générant, comme nous le verrons, des changements politiques notables.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d’HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d’un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l’Association Les Yeux du Monde

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