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Les relations latino-étatsuniennes depuis 1990 (3/3)

 

Après plusieurs années de rafraîchissement des relations entre les Etats-Unis et le reste du continent américain, ces dernières années ont marqué un rapprochement notable des relations panaméricaines, principalement par le biais du bilatéralisme. Et pour des enjeux évidents.

L'aide de la DEA américaine en Colombie, symbole des partenariats forts noués sur le continent américain
L’aide de la DEA américaine en Colombie, symbole des partenariats forts noués sur le continent américain

L’interventionnisme américain en Amérique Latine ne s’est pas arrêté avec la Guerre Froide. La première raison est due à l’expansion de la production et des trafics de drogue, pour des débouchés principalement états-uniens. En effet, de véritables routes de la drogue se sont créées depuis les années 1990, que ce soit depuis la Colombie en passant par l’Amérique Centrale, ou via les Caraïbes, avec pour principal débouché Miami ou la Californie. Or, au départ, cette production de drogue était une réponse de nombreux agriculteurs des Andes à la paupérisation croissante de leurs pays, entretenue par les erreurs libérales des années 1980. Néanmoins, les agriculteurs ont été supplantés par de véritables marchands de drogue, utilisant des légalisations fort permissives en Colombie et en Equateur pour exporter des quantités industrielles, engendrant souvent du désordre entre clans rivaux. A l’appel du gouvernement colombien, des destructions massives de champ et le financement des agriculteurs privés de leur production commencèrent à prendre place durant le mandat de Bill Clinton. Profitant de la permissivité des gouvernements colombiens successifs, les Etats-Unis installent également des bases militaires dans le pays pour aider le gouvernement contre les FARC, ainsi que pour dissuader le continent de poursuivre son éloignement idéologique vis-à-vis de Washington. Cette décision provoqua le courroux du voisin vénézuélien, qui rompit ses relations avec Bogota quelques mois en 2010.

Néanmoins, le véritable enjeu de cette décennie (et probablement de la suivante) est de connaitre le véritable statut des pays latino-américains vis-à-vis des Etats-Unis. Tous prétendent à plus d’indépendance économique, politique voire culturelle, et ont pour partie profité des difficultés américaines dès 2008 pour rechercher de nouveaux partenaires. Certains ont visé les autres grandes puissantes émergentes (Brésil, Argentine, Chili), d’autres ont renforcé leur entente (l’axe bolivarien La Paz-Caracas-La Havane), si bien qu’aujourd’hui le continent semble avancer à plusieurs vitesses. Ainsi, alors que le Mexique s’enfonce durablement dans la violence tout en profitant de sa proximité avec les Etats-Unis, le Brésil, quant à lui, peine à surmonter ses défis sociaux, et l’Argentine, troisième « Grand » du sous-continent, ne semble pas avoir encore digéré ses crises économiques successives. Au milieu, l’Amérique Centrale semble privilégier sa proximité géographique avec les Etats-Unis mais reste relativement effacée.

En conclusion, oui l’Amérique Latine reste la chasse gardée des Etats-Unis, ses membres ne pouvant pas encore prétendre être partiellement indépendants de la tutelle américaine. La disparition de Chavez, seul véritable pourfendeur idéologique des Etats-Unis, ainsi que le dégel organisé avec Cuba, après que les Etats-Unis ont fait payer à l’île son refus de rapprochement, peut faire penser que les prochaines années verront un rétablissement de la proximité panaméricaine. Le reste du continent a plus besoin des Etats-Unis que l’inverse, et tant que cette tendance perdure, il est peu probable que de réels rivaux des Etats-Unis émergent sur le reste du continent.

 

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d’HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d’un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l’Association Les Yeux du Monde

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