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De février à octobre 1917, l’histoire de deux révolutions

 

Aujourd’hui il est commun de lire dans la presse ou d’entendre à la radio, des récits sur l’histoire de « la révolution russe », surtout en cette période de centenaire. Mais il est bien plus exact de parler « des révolutions russes », au pluriel. Tout d’abord, celle de février marquée par l’abdication du Tsar Nicolas II, l’émergence des soviets et l’arrivée des libéraux progressistes à la tête de la Russie. La seconde révolution, dite « d’Octobre », est celle des bolcheviques qui, la nuit du 25 octobre*, menèrent une insurrection à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) pour prendre le pouvoir. Cette deuxième révolution aura pour conséquence une guerre civile qui durera jusqu’en 1923 et la création de l’Union des républiques socialistes soviétiques.

Février, « la véritable » révolution ?

Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine

Le mois de février 1917 est parfois considéré comme celui de la véritable révolution russe. Celle qui a mis fin aux trois siècles de gouvernance impérialiste de la dynastie des Romanov. Tandis que des manifestations éclatent pendant une quinzaine de jours, notamment à Petrograd, Nicolas II, usé par la guerre, ses problèmes familiaux et la situation économique catastrophique du pays, ne semble pas en capacité de répondre aux exigences du peuple. Il abdique sous la pression de la Douma, des libéraux et des révolutionnaires le 2 mars 1917 au profit de son frère Michel, qui abdiquera lui-même le lendemain.

L’empire des Tsars vient de s’effondrer et deux nouveaux modes de gouvernance émergent : le gouvernement provisoire, d’obédience libérale-capitaliste et les soviets composés de révolutionnaires et de membres du parti ouvrier social-démocrate, mais peu de bolcheviques y sont représentés. La cohabitation de ces deux courants est surnommée « le double pouvoir », ainsi les libéraux récupèrent le pouvoir exécutif et mettent en place des réformes démocratiques, tandis que les soviets représentent la voix des « les masses populaires ». Mais ces derniers ne pensent pas à prendre le pouvoir tout de suite, la chute des Romanov étant déjà une grande victoire.

L’évènement qui bouleverse cette période « d’entre-révolution », c’est le retour d’exil de Lénine en avril 1917. Alors que le gouvernement provisoire, avec le consentement des soviets, souhaite entreprendre une continuité économique avec l’ancien régime, Lénine va réussir à capter les volontés populaires. Il va notamment être un des premiers à se prononcer contre la guerre en cours, déjà coûteuse en hommes pour la Russie. Au contraire d’Alexander Kerenski, le nouvel homme fort du gouvernement provisoire, qui veut continuer la guerre pour créer un élan national.

Octobre, le coup d’État bolchevique

Tout va s’accélérer en juillet 1917, Kerenski, devenu ministre de la Guerre décide de mener une nouvelle opération militaire contre les Allemands : l’Offensive Kerenski. Celle-ci sera un échec et la dernière attaque des Russes dans cette Première Guerre mondiale. Le gouvernement provisoire ,qui avait misé sur l’élan patriotique de la guerre, est discrédité. En juillet, une répression politique s’abat sur les bolcheviques et plusieurs leaders sont arrêtés, dont Trotsky. Mais le vent tourne vite pour les bolcheviques et un nouveau facteur va favoriser la révolution d’Octobre.

En août, le général Kornilov fait une tentative de coup d’État, souhaitant mettre en place une dictature militaire nationaliste, il est soutenu par les anciennes classes dirigeantes et la grande bourgeoisie. Contre ce mouvement que l’on peut qualifier d’extrême-droite, le gouvernement provisoire incapable de se défendre, fait appel aux classes populaires et aux… bolcheviques. Ces derniers sont armés et les leaders emprisonnés sont libérés. Le 31 août, des élections ont lieu pour désigner les membres présents dans les soviets des différentes régions russes. Minoritaires auparavant, les bolcheviques l’emportent, passant de 75 000 à 198 000 voix, toutes les autres factions des soviets (mencheviks, parti socialiste) perdent plus des trois quarts de leurs voix. Trotsky est élu à la tête du soviet de Petrograd.

Le palais d’Hiver qui abrite aujourd’hui le célèbre musée de l’Ermitage

C’est alors que s’enclenche la phase finale du processus de la Révolution russe. En octobre 1917, Lénine et Trotsky décident de mettre fin à la situation de double pouvoir, le rapport de force leur est largement favorable. Une insurrection est menée dans la nuit du 24 au 25 octobre, les bolcheviques prennent d’assaut le palais d’Hiver. Ils ne rencontrent quasiment aucune résistance et peu de sang est versé lors de ce coup d’État.

L’historien Nicolas Werth estime que « momentanément, coup d’État politique et révolution sociale se télescopent, avant de diverger vers des décennies de dictature ». En somme, si la révolution de Février marque la fin de l’empire tsariste centenaire, celle d’octobre annonce l’avènement d’un nouvel empire, socialiste soviétique, l’URSS allait bientôt naître.

* La révolution d’Octobre s’est déroulée la nuit du 24 au 25 octobre selon le calendrier Julien, ce qui équivaut à la nuit du 7 au 8 novembre dans notre calendrier Grégorien. C’est d’ailleurs après la révolution d’Octobre que les bolcheviques décident d’adopter le calendrier Grégorien. Les autres dates de l’article seront donc données dans le calendrier Julien, faisant référence à l’époque.

About Fabien HERBERT

Rédacteur géopolitique pour Les Yeux du Monde. Formé à l'Université Catholique de Louvain, Fabien Herbert est journaliste et analyste spécialisé en relations internationales. Il s'intéresse notamment au monde russophone et au Moyen-Orient.

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