Relations Ankara-Téhéran : rapprochement envers et contre tout

Relations Ankara-Téhéran : rapprochement envers et contre tout

Les huit pays qui bénéficiaient d’une dérogation américaine pour importer le pétrole iranien sont depuis mai 2019 soumis aux mêmes menaces de sanction que les autres. Ce dernier volet de sanctions a suscité de vives réactions de Pékin et d’Ankara, toutes deux bénéficiaires du régime d’exception. La politique d’étranglement économique de l’Iran par les États-Unis peut désormais menacer tout pays commerçant avec Téhéran.

Ankara et Téhéran ont des objectifs géopolitiques communs qui améliorent leur relation.
Iran et Turquie ont de nombreux objectifs communs

Ankara a annoncé à contrecœur appliquer les consignes de Washington, en raison d’un lien stratégique fort avec la Maison Blanche. Alors que les relations entre Turquie et Iran allaient de l’avant, la pression américaine pourrait y porter un coup d’arrêt.

En effet, les rapports entre Iran et Turquie sont complexes. Une convergence politique sur de nombreux dossiers laissait cependant penser à un rapprochement géopolitique entre l’ancienne perse et l’ancien empire ottoman.

A l’aune de ce changement géostratégique, soulignons les intérêts géopolitiques que les deux puissances régionales ont en commun.

Une ambition de grandeur régionale et de politique intérieure

Tout d’abord, ces deux prestigieuses civilisations veulent jouer un rôle régional de premier plan. Et, pour se différencier des nations arabes, il est nécessaire de prendre des positions fortes. C’est le cas du dossier syrien, dans lequel les deux pays sont devenus des interlocuteurs indispensables. Même si leurs positions politiques sont divergentes, les accords d’Astana de 2017 ont démontré une capacité de dialogue avancé.

Leur rapprochement politique inquiète de facto l’Arabie Saoudite pour qui l’axe chiite, la pression perse mais également l’idéologie des Frères musulmans représentent un danger.

Ensuite, en terme de politique intérieure, Ankara et Téhéran ont le même soucis de la question kurde (15 millions en Turquie, 10 millions en Iran). Les deux nations font face à des mouvements indépendantistes kurdes et les répriment de la même manière. De plus, les deux pays ont refusé de reconnaître le référendum Kurde irakien. En revanche, il n’y a pas d’opération militaire antikurde conjointe en Syrie.

Un partenariat économique et énergétique

D’un point de vue économique, le président Erdogan voit d’un bon œil le fait de commercer avec l’Iran. La politique de l’AKP s’inscrit en effet depuis 20 ans dans la « gestion de bon voisinage ». Cela permet également à Ankara de ne pas dépendre des monarchies du Golfe. L’Iran fournit 16,2% de la consommation de gaz et 22,4% de la consommation de pétrole turc. Il y a donc un partenariat énergétique très fort entre les deux pays.

L’Iran est même dépendant de la consommation turque en raison de manque en infrastructure de raffinement du gaz. Téhéran n’a actuellement pas les capacités de liquéfier son gaz, principalement en raison des sanctions internationales qui l’empêchent d’accéder à certaines technologies. La Turquie est donc un intermédiaire essentiel dans ce domaine. A cela s’ajoute l’axe stratégique ambitionné par l’Iran, à savoir l’ouverture sur la Méditerranée afin de contourner le détroit d’Ormuz et celui de Bab El-Mandeb. Son projet de gazoduc en Syrie a été stoppé par la guerre. Il semblait donc que la Turquie puisse offrir une alternative.

Ankara fait entendre sa voix et maintient son partenariat tant bien que mal

La Turquie s’est toujours abstenue de voter des sanctions contre son voisin tout en se proposant comme intermédiaire sur les négociations sur le dossier du nucléaire iranien. Ces tentatives de dialogues semblent bien perçues à Téhéran, parmi les membres modérés du régime.

Bien que les agendas politiques de ces deux nations millénaires soient différent, il semble en revanche peu probable que leur entente cesse. La virulence de la condamnation turque à l’égard de la politique américaine sur le dossier iranien le prouve. Il n’est pas vu d’un bon œil par Ankara de devoir trancher entre la première puissance économique mondiale et son voisin géographique et partenaire régional. En souhaitant s’éloigner du bloc occidental, il semble probable que la Turquie tentera à nouveau de jouer les intermédiaires dans le dossier. Ankara a en effet intérêt à calmer la situation. Il en va de ses intérêts économiques, énergétiques, géopolitiques mais également de son rayonnement international.

Pour preuve, le 19 juin, le chef de la diplomatie turque s’est rendu en Iran. Il y a inauguré l’implantation de bureaux de la Turkish Airlines, compagnie aérienne turque, signe d’une relation bilatérale accrue.

Sources :

-“10 chiffres pour mieux comprendre l’Iran”, Capital.fr, 27 janvier 2016, https://www.capital.fr/entreprises-marches/10-chiffres-pour-mieux-comprendre-l-iran-1099303

-“Le MAE turc, Cavusoglu effectuera une visite en Iran les 20 et 21 juin”, actualité-news.com, 18 juin 2019, http://www.actualite-news.com/fr/international/europe/turquie/15102-le-mae-turc-cavusoglu-effectuera-une-visite-en-iran-les-20-et-21-juin

-“Regards géopolitiques sur l’Iran”, Revue Hérodote n°169, 2e trimestre 2018

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant de Grenoble Ecole de Management et effectue une poursuite d'étude en géopolitique au sein de l'IRIS SUP'. Il s'intéresse particulièrement à la Turquie et au Khorasan.

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