États-Unis vs Iran : les conséquences de l’assassinat de Soleimani [1/2] - Les Yeux du Monde

États-Unis vs Iran : les conséquences de l’assassinat de Soleimani [1/2]

Au lendemain de l’élimination du puissant général iranien Qassem Soleimani, la communauté internationale s’inquiète d’une dangereuse escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran. Si les conséquences de cet assassinat relèvent pour l’heure de la spéculation, elles seront sans aucun doute profondes et multiples. Téhéran promet une “dure vengeance” à Washington, alors que les premières ripostes ont eu lieu samedi sur le sol irakien. Retour sur les causes et les conséquences de l’embrasement des relations.

En réaction à la mort de Soleimani, Moqtada Sadr a annoncé la réactivation de l'Armée du Mahdi.
En réaction à la mort de Soleimani, Moqtada Sadr a annoncé la réactivation de l’Armée du Mahdi.

Soleimani, le “commandant de l’ombre” de la politique extérieure de l’Iran

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2020, une attaque américaine de drone a ciblé un convoi près de l’aéroport international de Bagdad, tuant dix personnes. Le puissant général iranien Qassem Soleimani a perdu la vie dans le bombardement, provoquant un séisme dans l’ensemble du Moyen-Orient. Le Hachd al-Chaani, une puissance coalition de milices chiites paramilitaires désormais intégrée à l’appareil de sécurité de l’État irakien et accusée de mener des attaques contre les forces américaines, a précisé que son numéro deux, Abou Mahdi al-Mouhandis, faisait également partie des victimes.

Confirmant la frappe aérienne, le Pentagone a dit vouloir dissuader l’Iran de tout projet d’attaque. Selon le ministère américain de la Défense, Soleimani développait en effet des “plans pour attaquer des diplomates et des soldats américains dans la région”. Formé au sein des Gardiens de la révolution, Soleimani était devenu le chef de leur unité d’élite, la force al-Qods. Il était une figure majeure du régime de Téhéran, aussi bien dans son pays qu’à l’étranger. Il dirigeait ainsi les opérations extérieures de la République islamique.

Soleimani a joué un rôle majeur dans l’influence grandissante de l’Iran au Moyen-Orient, au point d’en incarner le symbole. Surnommé le fantôme, il était à la fois le stratège et le principal exécutant de la politique iranienne à l’étranger. Artisan du soutien de l’Iran à Bachar al-Assad en Syrie, le général œuvrait également en Irak. Il a eu un rôle direct dans la création des milices irakiennes qui ont combattu Daech. Depuis 2018, il participait aux tractations politiques pour former un gouvernement en Irak. Il a, entre autres, aussi été actif dans le soutien de l’Iran au Hezbollah libanais.

Appels à la vengeance

L’élimination chirurgicale de Soleimani est un véritable coup de tonnerre pour l’Iran. Les appels à la vengeance se sont multipliés en Iran, mais aussi chez ses proches alliés. De concert, ils ont dénoncé un “assassinat”. Dans un communiqué publié sur le site du gouvernement, Hassan Rohani a menacé les États-Unis, déclarant qu’il n’y a “aucun doute sur le fait que la grande nation d’Iran et les autres nations libres de la région prendront leur revanche sur l’Amérique criminelle pour cet horrible meurtre”. Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif avait précédemment dénoncé une “escalade extrêmement dangereuse et imprudente. Les Etats-Unis portent la responsabilité de toutes les conséquences de leur aventurisme renégat”.

De leur côté, les Gardiens de la révolution ont loué le “glorieux commandeur de l’Islam”, “mort en martyr”. L’ayatollah Khamenei, guide suprême de l’Iran, a décrété trois jours de deuil national. “Une vengeance implacable attend les criminels qui ont empli leurs mains de son sang”, a-t-il écrit sur Twitter. Les proches alliés de Téhéran ont également exprimé leur indignation. L’Irak a estimé que le raid américain constituait une “agression contre l’Irak, son État, son gouvernement et son peuple” qui allait “déclencher une guerre dévastatrice”. Hachd Al-Chaabi et le Hezbollah ont demandé à leurs combattants de se “tenir prêts”. Plus inquiétant encore, le leader chiite irakien Moqtada Sadr a réactivé l’Armée du Mahdi, une milice officiellement dissoute depuis dix ans. Cette faction armée avait semé la terreur parmi les soldats américains lors de l’occupation de l’Irak.

Une montée des tensions sous l’administration Trump.

Les tensions entre l’Iran et les États-Unis ne cessent de s’accentuer depuis le retrait unilatéral de l’administration Trump en 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) et sa décision de réimposer des sanctions fortes contre le régime de Téhéran. Washington a fait de l’Iran son principal ennemi au Moyen-Orient, lui imposant une “pression maximale”. Il a par exemple placé en avril dernier, la force al-Qods sur la liste des organisations terroristes. Trump veut forcer Téhéran à de nouvelles négociations pour une surveillance encore plus stricte du programme nucléaire iranien. Surtout, le président américain veut limiter, par un nouvel accord, l’arsenal de missiles balistiques de l’Iran et ses ingérences dans le monde arabe.

En réponse, l’Iran résiste et défie les États-Unis. Téhéran a ainsi mené une politique d’escalade contrôlée en 2019 : provocations militaires dans le Golfe, attaques contre des installations pétrolières en Arabie saoudite, reprise de l’enrichissement d’uranium au-delà des contraintes fixées par le Traité de 2015L’Irak est régulièrement le théâtre de l’affrontement américano-iranien. Le 28 octobre, une dizaine de bombardements prennent pour cibles des bases de l’US Army et l’ambassade américaine en Irak. En représailles, début décembre, les États-Unis visent la base aérienne d’Ain al-Assad. Le 27 décembre, les attaques visent la base militaire irakienne de Kirkouk, faisant un mort. Deux jours plus tard, les États-Unis ripostent en bombardant la bases de la milice pro-Iran Kataëb Hezbollah. Au moins 25 personnes ont été tuées par le raid aérien. De violentes manifestations ont aussi éclaté devant l’ambassade américaine à Bagdad.

La communauté internationale dénonce une dangereuse escalade

Le bombardement meurtrier ayant entraîné la mort de Soleimani fait désormais redouter une nouvelle escalade entre Téhéran et Washington. La communauté internationale comme la scène politique américaine ont mis en garde contre la possibilité d’un conflit ouvert. Bernie Sanders, en lice pour la primaire démocrate aux États-Unis, a dénoncé une “dangereuse escalade” qui amène “plus près d’une autre guerre désastreuse au Moyen-Orient”. L’ancien vice-président Joe Biden, autre favori de la primaire démocrate, a appuyé son compatriote : “Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication”. Pour Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, la mort de Soleimani représente une “escalade dangereuse dans la violence”.

À l’international, les différentes puissances ont plaidé pour la stabilité. La France a appelé à la désescalade, soulignant qu’une escalade militaire est toujours dangereuse. “On se réveille dans un monde plus dangereux” a regretté la secrétaire d’État aux Affaires européennes Amélie de Montchalin. La Russie a critiqué un “palier hasardeux qui va mener à l’accroissement des tensions dans la région”. La Chine, de son côté, a demandé à “toutes les parties concernées, en particulier aux États-Unis, de garder leur calme et de faire preuve de retenue afin d’éviter une nouvelle escalade des tensions”. “La Chine s’oppose de longue date au recours à la force dans les relations internationales”, a ajouté le porte-parole de la diplomatie chinoise Geng Shuang, faisant valoir le “respect” de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Irak.

About Solène VIZIER

Solène Vizier est diplômée d’un Master 2 Etudes Stratégiques. Passionnée de géopolitique, ses domaines de spécialisation concernent les mondes hispanophone et russophone, le désarmement nucléaire et la géopolitique du sport. Elle est rédactrice aux Yeux du Monde depuis avril 2019.

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