AQMI - Mokhtar Belmokhtar : je t'aime, moi non plus - Les Yeux du Monde

AQMI – Mokhtar Belmokhtar : je t’aime, moi non plus

Le djihadiste Mokhtar Belmokhtar appartient désormais au groupe Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), la branche d’Al-Qaida en Afrique du Nord. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Entre l’organisation djihadiste et M. Belmokhtar, dit le Borgne, les relations sont complexes, et les intérêts stratégiques prévalent des deux côtés.

M. Belmokhtar, un des djihadistes les plus actifs depuis les années 1990.

Des débuts en Afghanistan à la rupture en 2012

Mokhtar Belmokhtar est né en Algérie en 1972. Il effectue ses débuts dans le djihadisme en Afghanistan dès 1991, avant de rejoindre deux ans plus tard le « Groupe Islamique Armée » (GIA) en Algérie.

En 1998, il est l’un des fondateurs du « Groupe Salafiste pour la prédication et le combat » (GSPC). C’est ce même groupe qui prêtera allégeance à Al-Qaida en 2007 pour prendre le nom d’AQMI.

Au début, les relations sont plutôt bonnes entre M. Belmokhtar et Abdelmalek Droukdel, leader d’AQMI, mais les désaccords se multiplient rapidement entre les deux hommes. Et, à la fin 2012, M. Belmokhtar est destitué d’AQMI.

Le principal désaccord qui a poussé A. Droukdel à exclure M. Belmokhtar de l’organisation tient à une raison stratégique. Le chef d’AQMI souhaite créer un « État Islamique de l’Azawad » au Nord-Mali. Cela n’était pas de l’avis de M. Belmokhtar qui craignait une confrontation directe avec les forces françaises de l’opération militaire Serval. M. Belmokhtar rêvait quant à lui d’une branche « Al-Qaida au Sahel Islamique » directement reliée au central d’Al-Qaida, et qui ne passerait donc pas par AQMI. En effet, il estime que A. Droukdel n’a pas assez de légitimité et d’autorité pour se faire respecter au Sahel.

De la création d’Al-Mourabitoune au nouveau ralliement à Al-Qaida

Peu après son exclusion, M. Belmokhtar créer le groupe « Les signataires par le sang », avec qui il effectue plusieurs actions, notamment la prise d’otages massive à In-Amenas en Algérie, quelques jours après le début de l’intervention française au Mali, en janvier 2013.

En mai, ce groupe se rapproche du « Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest » (MUJAO), et, ensemble, ils signent leur premier attentat au Niger.

Deux mois plus tard « Les signataires par le sang » et le MUJAO fusionnent pour créer le groupe Al-Mourabitoune. Le choix du nom du nouveau groupe renvoie à la dynastie berbère des Almoravides au XIe et XIIe siècle, lesquels étaient parvenus à unir une grande partie des musulmans du Sahel. Une appellation symboliquement forte, donc.

Deux ans plus tard, fin 2015, M. Belmokhtar revient vers Al-Qaida. L’attentat du Grand-Bassam en Côte d’Ivoire en mars 2016 est perpétré par des djihadistes de Al-Mourabitoune, mais il est revendiqué par AQMI. Une preuve de l’assimilation de Al-Mourabitoune par AQMI.

Des intérêts communs pour un ralliement

Revenons à A. Droukel. Il est important de noter que les liens n’ont jamais vraiment été coupés entre lui et M. Belmokhtar durant leur période de séparation. Et pour cause : selon Marc Mémier, chercheur à l’IFRI et auteur d’une étude à ce sujet (1), A. Droukdel et M. Belmokhtar avaient besoin l’un de l’autre dans leurs projets respectifs.

Concernant A. Droukel, tout d’abord. Rappelons que son organisation, AQMI a perdu en autorité et en force de frappe dans le Sahel, et ce pour deux raisons principales. Premièrement, l’intervention militaire Serval, puis Barkhane à partir de 2014 a considérablement affaibli le groupe. Secundo, la concurrence de l’État Islamique (EI), grand rival d’AQMI dans la région, a conduit à la perte d’influence de cette dernière. En effet, de nombreux jeunes djihadistes ont déserté les rangs d’AQMI pour rejoindre l’EI, plus attractive à leurs yeux. On notera d’ailleurs les efforts entrepris par Al-Qaida pour se rapprocher du système de propagande médiatique de l’EI afin de ne pas apparaître comme « ringarde », et continuer à attirer des jeunes. A. Droukdel a donc du mal à asseoir son autorité sur le Sahel. Il a besoin d’un djihadiste « légendaire » comme M. Belmokhtar qui fédère un immense réseau et impose une légitimité puisée dans ses vingt ans de djihadisme.

De son côté, Al-Mourabitoune est affaibli par la mort de nombreux cadres, et par la scission de l’organisation en mai 2015. Scission qui a conduit une partie des combattants à rejoindre l’EI. De plus, M. Belmokhtar souhaite se servir d’AQMI, organisation connue dans le monde entier, pour revenir sur le devant de la scène.

Cette affiliation de M. Belmokhtar à AQMI reste cependant à nuancer. Comme le précise Marc Mémier dans son étude, M. Belmokhtar reste très indépendant. De plus, son influence importante au conseil des chefs d’AQMI laisse penser qu’il pourrait prendre la tête de l’organisation en cas de décès de A. Droukdel. Dans ce cas, on assisterait alors peut-être à la création d’une nouvelle branche d’Al-Qaida au Sahel, comme le souhaite depuis si longtemps Mokhtar Belmokhtar…

(1) Pour approfondir: Étude de Marc Mémier sur le site de l’IFRI

About Pablo MENGUY

Etudiant en journalisme à l'Ecole Publique de journalisme de Tours. Actuellement en échange universitaire au Canada.

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