Election de Donald Trump : la lame de fond conservatrice est devenue tsunami

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L’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis a constitué un choc pour les observateurs politiques à travers le globe, les sondages donnant quasiment tous la victoire à sa rivale Hillary Clinton. Pourtant, si ce résultat était improbable, il s’agit de la concrétisation d’un phénomène global : l’Occident subit une vague conservatrice.

Résultats Etats par Etats des élections américaines 2016, avec le nombre de grands électeurs attribué à chaque Etat.
Résultats Etats par Etats des élections américaines 2016, avec le nombre de grands électeurs attribué à chaque Etat.

Il y a des événements qui marquent l’histoire et à en juger par les réactions suscitées, la victoire de Donald Trump lors des élections présidentielles aux États-Unis pourrait faire date. Déjouant les pronostics, Trump est devenu le 45ème président de la première puissance mondiale, face à l’ancienne Secrétaire d’État Hillary Clinton. La quasi-totalité des enquêtes d’opinions prédisaient une victoire relativement confortable pour l’ex-Première Dame, malgré un resserrement après l’annonce par le FBI d’une réouverture de l’enquête concernant ses fameux e-mails. Tout l’enjeu de ces élections entre deux des candidats les plus impopulaires de l’histoire politique récente était de parvenir à mobiliser les électeurs abstentionnistes afin de faire pencher la balance. Et à ce petit jeu, force est de constater que Trump a sur-mobilisé des catégories sociales qui lui sont favorables – les « hommes blancs peu diplômés » comme ils sont qualifiés dans les médias – et notamment dans les swing states du Nord-Est : Pennsylvanie, Ohio, Wisconsin ou Caroline du Nord. C’est bien là que l’élection s’est jouée : si Clinton a remporté le vote populaire, c’est Trump qui s’est adjugé la quasi-totalité de ces États-balances lui permettant d’obtenir la majorité des grands électeurs. Le système électoral américain est ainsi fait. La hausse de l’abstention (45,8%) par rapport aux précédents scrutins illustre l’incapacité qu’a eu Hillary Clinton à susciter l’engouement des candidatures de Barack Obama. Elle n’est surtout pas parvenue à rallier l’ensemble des partisans de son adversaire des primaires Bernie Sanders. En plus de la victoire du magnat de l’immobilier, l’autre fait majeur de cette élection c’est la mainmise des Républicains sur les institutions du pays : ces derniers seront majoritaires à la Chambre des Représentants ainsi qu’au Sénat, et Trump pourra placer un juge à la Cour Suprême la faisant basculer dans le camp conservateur.

Amérique Latine, Europe : le retour du conservatisme

Si le résultat de ce scrutin représente un choc, il suit pourtant une logique. Les démocraties occidentales subissent une vague de retour du conservatisme voire du populisme, aussi appelée « droitisation de la société » et axée sur les questions des frontières, de l’immigration et du rejet du néo-libéralisme. Depuis plus d’un an, presque toutes les élections en Amérique-Latine ont donné lieu à des victoires des partis conservateurs, que ce soit lors des présidentielles en Argentine et au Pérou, ou lors des municipales au Brésil et au Chili. C’est bien l’ensemble du continent qui semble aujourd’hui rejeter les gouvernements progressistes qui étaient au pouvoir en réaction aux difficultés économiques subies depuis plusieurs années.

L’Europe s’inscrit également dans ce processus, la conjonction de la stagnation économique et de la crise migratoire permettant l’émergence de la question identitaire dans le champ politique. Le 23 juin les britanniques votaient contre toute attente en faveur du Brexit, afin de sortir de l’Union Européenne. En Espagne la droite s’est maintenue au pouvoir, en Autriche la présidentielle a failli accoucher d’une victoire de l’extrême-droite (élection qui se rejouera le 4 décembre). D’ailleurs, dans de nombreux autres pays européens cette même-extrême-droite est en pleine expansion : en France Marine Le Pen apparaît en position de force pour accéder au second tour des présidentielles de 2017, tandis que les partis eurosceptiques ont réalisé des scores importants en Allemagne et en République Tchèque. De grandes puissances telles que la Russie et la Turquie suivent quant-à elle une route autoritaire.

Il est pour l’heure impossible de dire à quoi ressemblera la présidence Trump, si ses outrances pendant la campagne présidentielle se heurteront à l’exercice du pouvoir ou si cette ascension des partis conservateurs se poursuivra dans les prochaines années. En tout cas, il est clair que l’année 2016 semble marquer la fin de l’apogée des partis progressistes parmi les démocraties occidentales et remet en question l’ensemble de l’ordre international.

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Lucas MAUBERT

Doctorant en Histoire à l'Université de Tarapacá (Chili). Diplômé de l'IEP de Rennes et de l'Université Rennes 2. Rédacteur pour Les Yeux du Monde depuis 2016.

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