L’Amérique latine : éternelle arrière-cour des États-Unis ? - Les Yeux du Monde

L’Amérique latine : éternelle arrière-cour des États-Unis ?

Le 18 février dernier, à l’occasion d’un discours donné à la Florida International University de Miami, Donald Trump s’est réjoui d’un « nouveau jour » s’annonçant pour l’Amérique latine. Quelques semaines plus tard, les nouvelles sanctions imposées au Venezuela au nom de la lutte pour les droits de l’homme laissent présager un retour de l’intervention politique des États-Unis en Amérique latine.

Devant les étudiants de l'Université de Floride, Donald Trump a donné un discours sur l'Amérique latine et notamment le Venezuela.
Donald Trump a donné un discours à l’Université de Floride sur l’avenir de l’Amérique latine.

États-Unis / Amérique latine : une histoire complexe

Les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine ont toujours été ambiguës. Au début du XXème siècle, le Président conservateur James Monroe lançait sa campagne pour « l’union des Amériques ». Au même moment, Simon Bolivar devenait le symbole des indépendances en Amérique latine et de la lutte contre l’impérialisme de son voisin du nord. Ainsi, la Guerre froide a signé l’apothéose de ce mouvement d’ingérence. Sous couvert d’une lutte contre le communisme, la CIA a créé l’école militaire des Amériques au Panama. Quelques tristes figures des régimes dictatoriaux latino-américains dont Augusto Pinochet et Emilio Eduardo Massera de la Junte Militaire argentine, y ont été formés à la « doctrine de la sécurité nationale »[1]des États-Unis. Pourtant, l’Amérique latine a su résister. Le régime cubain castriste, le Venezuela de Chavez ou encore l’actuelle Bolivie d’Evo Morales sont des exemples de cette lutte contre l’influence des États-Unis en Amérique latine. Mais l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis a renouvelé les tensions en Amériques.

Le Venezuela, Cuba et le Nicaragua dans le viseur

Depuis le discours de Miami dans lequel le Venezuela, Cuba et le Nicaragua ont été très largement visés. En effet, les sanctions et menaces se sont accentuées à l’égard de ces trois pays. Alors que l’administration Obama s’était montrée ouverte au dialogue et à l’apaisement des tensions avec Cuba, Trump, quant à lui, durcit le ton depuis plusieurs années. Ainsi, le 17 avril dernier, Washington a affirmé vouloir appliquer une disposition de la loi Helms-Burton de 1996 sur les sanctions contre Cuba. Cela permettra aux Américains dont les actifs ont été saisis par le régime de Castro après 1959, de lancer des poursuites aux États-Unis pour obtenir réparation. Quelques jours plus tard, le Venezuela et le Nicaragua sont également touchés par des sanctions du Trésor américain à l’encontre des banques centrales nationales. Dans le cas du Venezuela, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, a affirmé que ces sanctions ne faisaient « qu’exacerber » la crise économique, politique et humanitaire en cours.

Une nouvelle « croisade anti-socialiste » ?

Le discours de Trump a relancé le débat sur l’ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures de l’Amérique latine. Le Président étatsunien explique ce « nouveau jour » de l’Amérique latine par le renforcement de sa lutte pour les droits de l’homme. Mais une seconde lecture est possible. En effet, les trois pays ciblés par la politique étrangère de Trump – le Venezuela, le Nicaragua et Cuba – ont en commun d’avoir un gouvernement socialiste. Cuba est d’ailleurs un fervent défenseur du régime chaviste vénézuélien. Les critiques les plus fermes déplorent ainsi une nouvelle « croisade anti-socialiste » des États-Unis.

Ressources :

 

[1]La doctrine de sécurité nationale affirme que les États-Unis, pendant la Guerre froide, étaient disposés à contrer l’avance communiste en intervenant militairement dans les foyers de perturbation. N’importe quelle agression contre les régimes favorables à la politique américaine caractérisait une agression à la sécurité nationale des États-Unis.

About Camille BAYET

Etudiante en master 1 « Politiques et pratiques des organisations internationales » à Sciences Po Grenoble, je suis passionnée par l’étude du développement international et des rapports de forces géopolitiques ; avec une appétence particulière pour l’Amérique latine.

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