Sud Soudan : la trêve impossible ?

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Le président sud-soudanais Salva Kiir et son opposant, le rebelle Riek Machar, ont signé vendredi 9 mai à Addis Abeba un accord « visant à résoudre la crise au Soudan du Sud ». Cet accord, censé démarrer un processus de réconciliation, pose comme préalable la fin des combats entre l’armée et les rebelles dans les 24 heures. Or, dimanche 11 mai, les rebelles et le gouvernement se sont mutuellement accusés d’avoir rompu la trêve.

Cela fait maintenant 5 mois que le torchon brûle entre le président sud-soudanais Salva Kiir et Riek Machar, son ancien vice-président. Ce dernier avait été accusé mi-décembre d’avoir organisé un coup d’État. Il avait alors pris la fuite en entraînant une division au sein de l’armée qui a dégénéré en guerre civile. A la rivalité politique qui existe entre les deux hommes s’ajoute une rivalité ethnique dont les conséquences se chiffrent en plusieurs dizaines de milliers de morts et une situation pré-génocidaire selon l’ONU. Le conflit a aussi poussé plus de 1.2 million de sud-soudanais hors de chez eux. L’ONU et les États-Unis ont tapé du poing sur la table : Washington a pris des sanctions contre des généraux des deux camps et a menacé d’aller plus loin. Le temps presse : le pays serait, selon certaines ONG, au bord de la pire famine qu’ait connue l’Afrique depuis les années 1980. L’accord prévoit des corridors humanitaires et la liberté pour l’ONU d’intervenir mais cela sera-t-il suffisant ?

Un premier cessez-le-feu avait été négocié et signé le 23 janvier dernier à Addis-Abeba mais il était resté inappliqué. Or nous semblons retomber dans le même scénario : les rebelles ont accusé dimanche 11 mai les forces gouvernementales de multiples violations du cessez-le-feu conclu l’avant-veille. Les rebelles accusent le président de mentir, ou de n’avoir aucun contrôle sur ses troupes. Le gouvernement assure que ses forces ont reçu l’ordre de respecter l’accord mais que les rebelles violaient le cessez-le-feu. Au vu des sanctions dévoilées par les États-Unis, les chefs des deux parties semblent être d’accord pour faire cesser le conflit. Mais les griefs entre rebelles et loyalistes sont multiples et sévères : il est plus probable que Kiir et Machar n’aient qu’une autorité relative sur leurs troupes.

De plus, la région est chroniquement victime de conflits et de massacres nourris par des rivalités religieuses, ethniques, de pouvoir ou encore de contrôle sur les généreuses ressources pétrolières du pays.

Il faut se souvenir que l’indépendance du Sud Soudan en 2011 est la conséquence d’affrontements civils et religieux constants depuis l’indépendance du Soudan en 1956. Le fait que les réserves de pétrole soient situées au Sud et que les industries de traitement et de raffinage se situent au Nord a accentué cet antagonisme au sein du Soudan, sans compter sur le contrôle des eaux du Nil Blanc qui revient désormais au Sud Soudan. Toutes ces raisons expliquent pourquoi l’indépendance a été violente à obtenir et pourquoi la région baigne dans cette violence depuis maintenant 60 ans. Si bien qu’elle est devenue le premier moyen d’expression en cas de crise, comme nous le voyons aujourd’hui.

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