La révolution biélorusse est-elle dans une impasse?

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La Biélorussie est secouée par des manifestations depuis mai 2020. Les manifestants ont contesté le déroulement de la campagne précédant l’élection du 9 aout puis les résultats de cette élection. Le 10 janvier 2021, Alexandre Loukachenko a annoncé que la Biélorussie allait entamer une réforme constitutionnelle avant la fin de l’année. 

De la contestation de l’élection présidentielle à l’émergence d’une révolution

Le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko
Alexandre Loukachenko, Président de la Biélorussie Auteur: Administration du président de l’Ukraine
Licence: Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)
Source: president.gov.ua

Alexandre Loukachenko est au pouvoir depuis 1994 et la contestation des résultats de l’élection présidentielle n’est pas un phénomène nouveau en Biélorussie. En effet, des manifestations avaient eu lieu en 2006 et en 2010 pour contester les résultats de l’élection présidentielle. Par ailleurs, l’opposition  avait soupçonné Alexandre Loukachenko de fraude lors des élections législatives de 2019 puisqu’aucun parti de l’opposition n’avait remporté de siège sur les 110 en jeu.

En 2020, des manifestations débutent en mai, pendant la campagne, c’est-à-dire avant même l’élection. Ces manifestations sont une  réponse à l’arrestation d’opposants. Parmi ces derniers, on peut citer Serguei Tikhanovski ou encore Viktar Babaryka. La femme du premier, Svetlana Tikhanovskaia devient candidate à sa place. C’est elle qui prend la tête de la contestation. Une partie de la population, ne croyant pas à la réélection de Loukachenko avec plus de 80% des voix, sort dans la rue. Les manifestants font face à la police qui n’hésite pas à procéder à des arrestations de masse. Alexandre Loukachenko réagit en dénonçant un complot en provenance de l’étranger.

 

Des interventions extérieures limitées

Quelques heures après l’élection, Svetlana Tikhanovaksaia se réfugie en Lituanie où elle mène  l’opposition en s’exprimant sur les réseaux sociaux. Elle essaye notamment d’obtenir du soutien de la part de pays extérieurs. Elle entre en contact avec plusieurs personnalités politiques des pays occidentaux et le Parlement européen lui remet le prix Sakharov. L’Union européenne ne reconnait pas les résultats de l’élection présidentielle et la Suisse décide de geler les avoirs du président.  Joe Biden, encore candidat à la présidentielle états-unienne,  exprime son soutien aux manifestants. Toutefois, les actions des pays occidentaux restent limitées.  Les actions relèvent plus du soutien médiatique que d’actions concrètes. Svetlana Tikhanovskaia a d’ailleurs qualifié les sanctions de “ridicules”. Alexandre Loukachenko, de son coté, mise sur un soutien du gouvernement russe mais la Russie, prudente, fait le choix de ne pas intervenir.

Les manifestations et l’isolement diplomatique de la Biélorussie n’ont pas conduit à la démission de Loukachenko. Ainsi, la révolution biélorusse semble être dans une impasse.

Des indicateurs laissant présager un second souffle des manifestations

Cependant, plusieurs événements récents risquent d’augmenter le mécontentement de la population biélorusse.  Le gouvernement a notamment interdit, courant décembre, à ses ressortissants de sortir du pays en raison de la pandémie. Toutefois, les entrées dans le pays, elles, n’ont pas été interdites.  L’opposition a donc perçu cette mesure non pas comme un moyen de lutter contre la pandémie mais comme un prétexte pour empêcher les opposants de sortir du pays.

Le président biélorusse souhaite par ailleurs maintenir le championnat du monde de hockey sur glace de 2021 malgré la pandémie de Covid-19. L’interdiction de quitter le pays et le maintien du championnat du monde de hockey sont des mesures contradictoires. De plus, le site EUobserver a publié le 4 janvier une enquête révélant que Loukachenko aurait financé l’élimination d’opposants politiques à l’étranger. La confirmation des résultats de cette enquête ne pourrait que nuire à la popularité de Loukachenko. Enfin, la démission de l’archevêque de Minsk le 3 janvier, résultat d’un accord entre Minsk et le Vatican, risque de mécontenter la communauté catholique. Il s’agit d’une communauté importante puisqu’elle représente près de 20% de la population biélorusse.

Par ailleurs, si le président biélorusse a annoncé qu’une réforme constitutionnelle aurait lieu en 2021, il se pourrait qu’une partie de la population conteste les conditions de cette réforme. C’est lors de la réunion des 11 et 12 février que l’Assemblée générale fixera la date du référendum. Loukachenko a notamment affirmé qu’il abandonnerait son poste de président si une nouvelle constitution était adoptée. L’élection présidentielle ayant été contestée, il est possible d’imaginer que le résultat du référendum soit lui aussi rejeté par une partie de la population. Un renforcement des manifestations dans les semaines et mois à venir n’est donc pas à exclure.

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Alexis STANKEVITCH

Alexis Stankevitch, étudiant à Sciences Po Paris, est passionné par la géopolitique et les Relations Internationales et plus particulièrement par celles qui sont liées à l'Europe de l'Est, la Russie et la Turquie.

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