L’aide exceptionnelle du FMI au Soudan est-elle suffisante pour relever le pays ?

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Le 29 juin 2021, Fonds Monétaire International (FMI) a dévoilé qu’une aide massive allait être apportée au Soudan. Elle consiste en un allègement de la dette de 50 milliard de dollars, soit environ 90% de la dette totale. Cet effacement va être réalisé durant une période de 39 mois et sera accompagnée d’une enveloppe de 2,5 milliards de dollars. Le Soudan devient par la même occasion le 38ème pays bénéficiaire de l’Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) du FMI et de la Banque mondiale.

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Le Premier Ministre du Soudan, A.Hamdok, obtient une aide de la part du FMI après deux ans de négociations.

Une aide qui vient gommer l’historique complexe du pays d’Afrique de l’Est

Le Soudan est le pays le plus endetté d’Afrique et la principale raison à cela est la dette largement creusée par l’ancien président Omar el-Béchir, au pouvoir entre 1989 et 2019. Il s’est accaparé du pouvoir et des richesses du pays pendant 30 ans.  Puis, il renversé par une vague de contestations populaires en 2019. Il est accusé de génocide, crime contre l’humanité et crime de guerre par la Cour Pénale Internationale dans le cadre de la Guerre du Darfour. 

Cette aide est un soulagement pour le gouvernement de transition et son premier ministre Abdallah Hamdok. Car c’est lui qui a initié les négociations il y a maintenant plus de deux ans. Durant ces deux années, cette dette s’est énormément fait ressentir par la population soudanaise. En particulier à cause de lourdes réformes qui ont provoqué de forts mécontentements locaux. Mais cette aide pourrait bien générer de nouvelles sources de tensions. Une augmentation du coût de la vie et un arrêt de certaines subventions est notamment à craindre. 

L’intervention du FMI sous certaines conditions permet au Soudan d’espérer une sortie de crise, grâce aux répercussions positive de l’aide

La cheffe de mission du FMI chargée du Soudan, Carol Baker souligne que des conditions ont été définies pour éviter une spirale économique désastreuse. En effet, plusieurs grands objectifs ont été établis. En premier lieu, les fonds octroyés ont pour but de renforcer les finances publiques ainsi que le dispositif de sécurité sociale. Ensuite, ils vont servir à améliorer la gouvernance du pays afin de tendre vers une croissance issue du secteur privé. Et dans un dernier lieu, l’indépendance de la banque centrale et une politique monétaire stable sont visés.

Néanmoins, c’est avec une analyse plus poussée de la situation que l’on comprend mieux l’importance de cette aide et les possibles répercussions. En effet, le pays se situe toujours dans un contexte post soulèvements populaires de 2019. Ces derniers sont liés aux traumatismes du conflit du Darfour, qui a vu la signature d’un accord de paix le 3 octobre 2020, dit « accords de Djouba ». Dont les conditions théoriques sont difficiles à mettre en place face à la réalité du terrain. L’une des causes principales est la situation sécuritaire. Une autre est l’absence de certains groupes rebelles à la table des négociations. Enfin, la crise économique qui secoue le pays depuis des décennies est un facteur clé de compréhension. 

De plus, le pays entretient des relations tendues avec ses voisins . Dans un premier temps avec l’Egypte autour de la question du flux et des barrages du Nil au Nord. Mais également avec la récente scission du Soudan du Sud en 2011 et les conflits qui se déroule au Nord de ce dernier entre le gouvernement de Salva Kiir à Djouba et les groupes rebelles. Ceci explique la réaction du Premier ministre soudanais à l’annonce de cette aide . Elle devrait servir de réel stabilisateur pour le pays pour son plan économique interne, sa situation régionale et sa politique étrangère. 

Les États-Unis comme premiers déclencheurs de l’action et les enjeux internationaux de celle-ci

En avril dernier Washington a poussé en faveur d’une reconnaissance de la situation soudanaise et d’une aide internationale. Notamment en convaincant les membres du Club de Paris, et une vingtaine d’autres pays, d’adhérer à leur démarche. Alors que le gouvernement américain à aidé le Soudan en mars 2020 avec une aide de 1,15 milliards de dollars. Plus tard, l’administration Trump à retiré le pays de sa liste noire de pays soutenant le terrorisme. Un second souffle pour le pays. De plus, la France et l’Allemagne notamment ont eux aussi effacé la dette soudanaise. Comme l’atteste la déclaration d’Emmanuel Macron du 30 septembre 2019. 

Enfin, grâce à cette aide et à tous les enjeux qui gravitent autour, le Soudan se positionne en potentiel exemple pour le continent africain. Sur le plan démocratique comme géopolitique et géo économique. Le temps nous dira si cette aide exceptionnelle est suffisante ou non pour relancer le pays à partir de ses propres ressources.

 

Sources : 

https://www.rfi.fr/fr/afrique/20210630-le-soudan-reçoit-une-aide-massive-du-fmi

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/le-fmi-approuve-une-aide-de-2-47-milliards-de-dollars-pour-le-soudan-20210629

https://www.24heures.ch/le-fmi-accorde-une-aide-massive-au-soudan-626421438528

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/soudan/

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