35ème sommet de l’Union africaine: amorce d’un avenir commun ?

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L’Union africaine (UA) a tenu son trente-cinquième sommet les 5 et 6 février 2022, à Addis-Abeba, en Ethiopie. Cette année marque également le vingtième anniversaire de la création de cette organisation, qui est l’héritière de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA).

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Le 35ème sommet de l’UA s’est tenu à Addis-Abeba, en Ethiopie.

Aux origines de l’Union africaine

L’Organisation de l’Unité africaine (OUA) est créée en 1963 par les Etats ayant récemment accédé à l’indépendance. L’OUA se voulait alors comme le réceptacle des aspirations panafricaines portées notamment par Kwame Nkrumah et Haile Sélassié. Ainsi, les luttes contre le colonialisme et la discrimination raciale sont portées au premier plan de l’organisation. L’OUA se donna également pour missions de renforcer l’unité, la solidarité et la coopération entre les Etats africains. Il s’agissait là de préserver la souveraineté et l’intégrité territoriale des Etats membres. Cette organisation se voulait être une instance de règlement pacifique des différends, avec toutefois des résultats mitigés.

L’UA prendra le relais en 2002 avec comme objectif d’atteindre une plus grande intégration économique et politique. La prospérité, la paix, la sécurité et la sécurité alimentaire seront les thématiques principales défendues par l’Union.

Un sommet dans un contexte particulier

Les chefs d’Etat et de gouvernement se sont réunis en Ethiopie pour la première fois depuis 2021. Le contexte sanitaire ne permettait alors pas une telle réunion, le précédent sommet s’étant donc déroulé virtuellement. Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a milité pour que ce sommet se tienne en présentiel. Ce dernier s’est d’ailleurs félicité de sa bonne tenue.

Le contexte politique entourant ce sommet est tout d’abord marqué par une situation de guerre au Tigré, en Ethiopie. Toutefois, l’organisation d’une telle réunion en présentiel est en quelque sorte une victoire diplomatique pour Abiy Ahmed et une manière de démonter la stabilité de l’Ethiopie. De nombreux coups d’Etat ont rythmé l’actualité du continent ces derniers mois, au Mali, au Tchad, en Guinée Conakry ou encore au Burkina-Faso. De plus, quatre Etats-membres sont actuellement suspendus de l’UA, à savoir le Mali, le Burkina-Faso, le Soudan et la Guinée. Ces suspensions, inédites, font suite aux coups d’Etat perpétrés dans ces pays.

Sur le plan sécuritaire, la lutte contre le terrorisme s’intensifie, particulièrement au Sahel tandis que  la présence russe en République centrafricaine ou encore au Mali fait l’objet de discussions houleuses.

Enfin, au niveau économique, l’année 2020 fut marquée par une forte récession et par de nombreuses pertes d’emplois. Celles-ci étaient particulièrement liées aux mesures de lutte contre la pandémie. La récente hausse des prix de l’énergie permet une reprise économique inégale sur le continent, favorisant les Etats exportateurs d’hydrocarbures.

Un bilan mitigé

La nutrition et la sécurité alimentaire constituaient le thème principal de cette édition. Il était question de savoir comment l’Afrique pourrait sortir de sa dépendance alimentaire.

D’autre part, le président de la commission de l’UA, M. Mahamat, a appelé à une « vraie nouvelle approche qui devrait questionner notre architecture de paix et de sécurité en Afrique » (allocution d’ouverture). En cause, le terrorisme et les nombreux changements constitutionnels. Le président sortant de l’UA, M. Tshisekedi, a quant à lui souligné qu’il était « impératif et vital de faire taire les armes sur notre continent ». Il a par ailleurs rappelé un article fondamental de l’Acte Constitutif de l’Union africaine. Cet article dispose que l’UA « [condamne] et [rejette] les changements anticonstitutionnels de gouvernement » (article 4 (p)). Toutefois, il est à noter que l’UA n’a pas eu la même réponse, ferme et définitive, lors de tous ces changements anticonstitutionnels. Le cas du Tchad peut être éclairant. Alors qu’un coup d’Etat avait vu le fils de feu Idriss Déby lui succéder, allant ainsi à l’encontre des dispositions constitutionnelles tchadiennes, l’UA avait décidé de ne pas suspendre le Tchad et de ne pas imposer de sanctions. L’UA est allée jusqu’à approuver le Conseil militaire de transition en place.

Malgré sa volonté de proscrire les changements inconstitutionnels, l’UA ne s’attaque pas aux causes profondes. « Les fraudes électorales et/ou les modifications constitutionnelles de certains dirigeants, afin de se maintenir au pouvoir, ont créé les conditions qui leur ôtent toute légitimité ». Ceci contribue alors à trouver d’autres moyens de soustraire du pouvoir des dirigeants autoritaires avec une longévité certaine.

La présidence de l’UA est passée de M. Tshisekedi à M. Sall, le président sénégalais, pour une durée d’un an. Celui-ci a placé sa gouvernance sous le signe de « la paix et de la sécurité sur le continent ». Il souhaite également que l’UA joue pleinement son rôle d’organe de dialogue et de résolution des conflits.

La question du statut d’observateur d’Israël

Depuis juillet 2021, Israël bénéficie du statut d’Etat observateur au sein de l’UA, sans que ce soit le cas dans la pratique. Les positions sont diamétralement opposées sur ce sujet. Les uns sont partisans du dialogue avec Israël quand les autres souhaitent sa tenue à l’écart, notamment par rapport à la question palestinienne. La normalisation des relations diplomatiques entre l’Etat hébreu et le Soudan puis le Maroc a poussé l’UA à lui accorder ce statut.

Toutefois, ce débat engendre de profondes tensions au sein de l’UA. Afin d’éluder cette difficulté, un comité se chargera de mener des consultations et de rendre un rapport dans les prochains mois. Ce comité comprend, notamment, l’Afrique du Sud et l’Algérie, deux Etats farouchement opposés au statut d’observateur d’Israël. Tel-Aviv souhaite gagner en influence en Afrique et donc obtenir des alliés. Une stratégie qui montre ses limites car les Etats les plus puissants du continent se montrent peu enclins à nouer des relations.

De nouvelles perspectives ?

L’UA essaye, malgré l’environnement actuel, de garder un cap optimiste avec son « Agenda 2063 ». Il s’agit de mettre en place les conditions de l’approfondissement de l’intégration politique et économique du continent. C’est en ce sens que la Zone de libre-échange africaine a vu le jour afin de promouvoir les échanges intracontinentaux.

L’UA a de nombreux défis à relever pour les décennies à venir. La protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique sont essentielles, afin de limiter l’avancée inexorable du Sahara. Il existe une nécessité de créer les conditions d’un développement économique et social qui bénéficie aux citoyens africains, en priorité. Il est indispensable de promouvoir la démocratie, la transparence, les luttes contre la corruption et contre les influences étrangères. Enfin, l’accession à une indépendance financière pleine et entière saurait être un but à atteindre.

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Cédric GOUDEAGBE

est diplômé d'un master 2 en droit public, mention défense et sécurité. Intéressé par les relations internationales, les questions de défense et l'Afrique.

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