L’euro, l’Allemagne et le pétrole : une équation à trois inconnues

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L’Allemagne est le moteur économique et fiscal de l’UE. C’est un fait, et cela entraine des critiques, notamment en ces temps de crises pour les pays du Sud du continent, ne pouvant guère suivre le modèle monétariste allemand. A ce titre, l’avenir de l’euro ne se situe pas dans les fameux « PIGS », mais bien en Allemagne. Sa chancelière, Angela Merkel, est face à un dilemme : faut-il accentuer l’intégration fiscale européenne pour soutenir les pays en difficulté (surtout la Grèce), ou forcer une restructuration de la dette grecque ? Vaste question.

Depuis 2009, Merkel a accepté, bon gré mal gré, de sauver ces PIGS, un par un, dans le seul but de sauver l’euro. Depuis, elle s’est prononcée en faveur du soutien massif d’obligataires privés afin d’assurer le deuxième sauvetage de la Grèce, posture fortement critiquée par le gouvernement grec, craignant pour son indépendance. Mais le constat est là : la Grèce est tel un avion sans essence dans le moteur ; reste à savoir où elle peut se crasher sans trop faire de victimes. L’Eurogroup se tient prêt à accroitre la portée de son Fonds Européen de Stabilité Financière (celui qui sauva la Grèce par le passé) afin d’endiguer toute rechute. Mais Merkel veut la participation du privé, ce qui est long et donc très dangereux économiquement. Beaucoup n’en veulent pas, craignant la réaction de certains investisseurs et l’effet boule de neige que cette situation pourrait entrainer.

D’autre part, l’euro est également menacé par les incertitudes pétrolières. L’Agence Internationale de l’Energie a décidé de puiser dans ses réserves stratégiques pour endiguer la montée croissante des cours du brut. Or, cela pourrait bien annihiler l’avantage de l’euro vis-à-vis du dollar, en termes de taux d’intérêt, à cause de la stabilité des cours du brut qu’une telle décision devrait entrainer. L’énergie compte pour 9% du pouvoir d’achat moyen d’un européen, si bien que toute stabilisation des prix de l’énergie forcera la BCE  à ralentir son contrôle monétaire. En effet, en cas de hausse des cours du brut, la tradition veut que la BCE augmente ses taux d’intérêt, au contraire de la Réserve fédérale américaine.

A terme, il est donc probable que d’ici décembre un euro s’échange contre 1,35 dollar (contre 1,40 aujourd’hui). Mais c’est probablement sans compter sur le poids de la destinée grecque (et des autres membres des PIGS) sur l’économie européenne d’ici la fin de l’année. Destinée qui vire irrémédiablement au noir, sauf changement radical.

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