L’alliance fomentée par Washington au Moyen-Orient rebat les cartes géopolitiques

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Le 15 septembre dernier, un accord de paix présenté comme historique a été signé entre les Emirats arabes unis, Bahreïn et Israël. Négocié grâce à leur allié commun américain, il fait suite au « plan de paix » du 28 janvier, promu par Donald Trump. Celui-ci avait pour objectif affiché de résoudre le conflit israélo-palestinien. Immédiatement rejeté par le Hamas et les autorités palestiniennes, ce plan reste très favorable à l’Etat hébreu. Il permet notamment l’annexion des colonies en territoires palestiniens occupés. Comment comprendre ce revirement diplomatique des pays du Golfe qui vient rompre avec l’idée d’union des pays arabes autour de la cause palestinienne ?

Rapprochement diplomatique entre Israël et les pays du Golfe !
Les drapeaux nationaux des signataires.

Un accord de paix aux conditions floues

L’accord de paix prévoit l’établissement de liens diplomatiques entre les deux pays du Golfe et Israël. Les Emirats justifient ce rapprochement par la promesse de la fin de l’annexion de territoires palestiniens occupés. De son côté, Israël par le biais de son premier ministre Benyamin Netanyahou a annoncé avoir simplement reporté ces annexions. Ainsi, ces contradictions présentes dans les deux discours, interrogent sur les raisons réelles de ce rapprochement.

Une convergence des intérêts entre Israël et les pays du Golfe

Pour Élisabeth Marteu (docteure en science politique et chargée de cours à Sciences Po Paris) ce rapprochement intervient dans un contexte particulier. En effet, les intérêts d’Israël convergent avec ceux des pays du Golfe, avec d’un côté l’obsession anti-Frères Musulmans du prince héritier d’Abou Dhabi, et de l’autre les hantises anti-iraniennes de l’Arabie Saoudite et de Bahreïn. Un soulèvement populaire en partie d’inspiration chiite avait touché ce dernier en 2011.

L’Arabie Saoudite mène une diplomatie semblable à celle de ces voisins, mais de manière discrète pour éviter de se discréditer sur la question palestinienne. Ainsi, dès 2009 des télégrammes diplomatiques israéliens publiés par Wikileaks avaient révélé des contacts entre les deux ministres des Affaires étrangères, israélien et émirati. D’autre part, des contacts ont eu lieu entre le directeur du Mossad Meir Dagan et l’Arabie Saoudite. Ces contacts discrets ont ensuite menés à des rencontres publiques entre d’anciens dirigeants israéliens et saoudiens. De plus, sur la même période, ceux-ci ont noué des relations commerciales. Elles concernent notamment le secteur des nouvelles technologies liées à la surveillance et aux énergies renouvelables.

L’allié américain : Catalyseur de ce rapprochement diplomatique

Ce rapprochement s’est accentué en 2013 avec un sentiment de défiance contre leur allié commun américain. Cette année là, l’administration Obama a refusé d’intervenir dans plusieurs crises successives : Coup d’Etat en Egypte, attaques chimiques du régime syrien, signature de l’accord intérimaire sur le nucléaire entre l’Iran et le P5 + 1. Ces craintes se sont par la suite confirmées lors de la signature de l’Accord de Vienne en 2015. Le président Obama avait laissé carte blanche à la réhabilitation de l’Iran sur la scène internationale et à la poursuite de l’expansion de son influence régionale.

L’élection en 2016 de Donald Trump a totalement inversé la tendance. Le nouveau président a apporté des garanties sur sa volonté d’affaiblir la puissance iranienne. Ceci a eu pour effet l’accélération et la consolidation du rapprochement entre Israël et les pays du Golfe. De plus, la signature, à Washington de l’accord, est un indice supplémentaire de la place centrale des Etats-Unis dans ce processus.

La Palestine : Grande perdante de cette stratégie de rapprochement ?

La question palestinienne est loin d’être résolue et place ces pays dans une position délicate. Ainsi, ceux-ci sont tiraillés entre la volonté de privilégier leurs intérêts nationaux et les conséquences diplomatiques que cela pourrait engendrer. De son côté, l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas a qualifié cet accord de « trahison ». Elle a appelé à une « réunion d’urgence » de la Ligue arabe.

Les pays du Levant partagent ce sentiment amer. En effet, les critiques y sont fortes sur les réseaux sociaux, nourries de récits conspirationnistes, parfois véhiculés par l’Iran et ses alliés. Les palestiniens apparaissent comme les grands perdants de ces nouvelles configurations régionales. Le sentiment de « lâchage » induit par ces changements diplomatiques pourrait à l’inverse profiter à l’Iran en renforçant son influence en Palestine.

 

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Adrien BERG

Adrien Berg est étudiant en M1 de Politiques Transnationales et Mondialisations à l'Université Paris 8. Il est spécialisé dans les questions environnementales.

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