L’avenir du textile low-cost est-il en Afrique ?

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L’annonce par le géant suédois du textile H&M de la délocalisation d’usines en Ethiopie pourrait être un premier pas vers la mutation géographique du textile low-cost vers l’Afrique. Un mouvement durable ?

On se souvient tous de la tragédie qui toucha le Bangladesh il y a quelques mois. Plusieurs centaines de travailleurs pauvres moururent à Dhaka lors de l’effondrement d’un immeuble utilisé par diverses firmes textiles occidentales. Beaucoup s’étaient offusqués d’une telle catastrophe, résultant du manque cruel de mesures de sécurité et de protection des travailleurs dans une volonté d’abaisser le coût du travail au maximum. Coïncidence ou non, H&M va donc produire des milliers de vêtements à Addis-Abeba, en Ethiopie.

Ce choix n’est guère dû à l’attractivité soudaine de l’Ethiopie. Elle résulte plutôt de l’augmentation marquée du coût du travail dans l’ « usine du monde », alias la Chine, suite à de nombreuses révoltes populaires. Pour les firmes occidentales, l’avantage avancé est de produire de grandes quantités textiles destinées à des pays plus proches géographiquement de l’Afrique que de l’Asie du sud-est (Europe du Sud, Maghreb, Moyen-Orient). Mais, en réalité, ce n’est rien d’autre que la prolongation de la politique du « moins-disant social » qui pousse H&M à fabriquer en Afrique.

Une combinaison gagnant-gagnant ?

Pour l’Afrique, on peut penser qu’un tel mouvement sera favorable aux économies du continent, celles-ci étant encore trop majoritairement taxées de mono exportatrices (matières premières et/ou agriculture). Trop peu de pays africains se sont lancés dans une véritable volonté de diversification de leur économie (Maghreb, Afrique du Sud). L’Ethiopie pourrait donc représenter, dans quelques années, un modèle à suivre. Néanmoins, il y a peu à espérer pour la réduction réelle et immédiate de la pauvreté suite à de telles délocalisations. En effet, les premiers profits dégagés serviront à réduire le déficit, né de politiques fiscales très avantageuses pour les entreprises délocalisatrices.

Si cette politique s’avère durable, on peut espérer une accélération du développement du continent africain, perceptible déjà depuis quelques années. Les délocalisations sont créatrices d’emplois (certes sous-payés) et ont montré, en Asie, un apport significatif dans la formation et les compétences des travailleurs. Cependant, l’Afrique apparaît trop peu armée aujourd’hui pour peser face aux grands groupes occidentaux, et il est fort possible qu’une tragédie similaire à celle qui se produisit au Bangladesh puisse se reproduire dans des usines africaines.

Il est trop tôt pour dire si de cette mutation géographique résultera une combinaison gagnant-gagnant, pour le continent africain et pour les firmes délocalisatrices. Il n’en reste pas moins que le « capitalisumérisme » a de très beaux jours devant lui. Les préoccupations éthiques et sociétales, si souvent affirmées lors de l’appel au boycott des géants du textile, sont parfois oubliées par certains détracteurs au moment d’acheter la dernière robe ou les dernières chaussures à la mode. Peu importe que celles-ci soient « made in Bangladesh » ou « Made in Ethiopia »…

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