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Tour d’horizon des armes chimiques

 

Selon les dernières déclarations des enquêteurs, le demi-frère du leader de la Corée du Nord, Kim Jong-nam, aurait été assassiné à cause d’une mise en contact avec un agent neurotoxique, le VX. Ce nouveau coup de force de Kim Jong-un confirme les suppositions de la communauté internationale, sur l’existence d’un programme de développement d’armes chimiques nord-coréen. Précisions sur ces armes de destruction massive (ADM), aussi capables de tuer de façon ciblée.

Un soldat iranien lors de la guerre Iran-Irak (1980-8). L’Irak a utilisé de nombreuses armes chimiques durant ce conflit, visant des soldats, mais aussi des civils. A elles seules, ces armes auraient fait 70 000 victimes.

C’est durant la Première Guerre mondiale que les armes chimiques ont été utilisées à grande échelle pour la première fois. Elles ont été d’abord introduites par les allemands, notamment grâce aux travaux du chimiste Fritz Haber (Prix Nobel de Chimie 1918). Le 22 avril 1915 à Ypres (Belgique), les troupes allemandes décident d’utiliser des cylindres de gaz, remplis de chlore. Ce jour, le gaz toxique décime plus de 600 soldats britanniques, belges et français. Rapidement adoptés par l’autre camp pour leur intérêt tactique, elles firent de nombreuses victimes pendant le conflit. Elles ne furent pas utilisées pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que les allemands avaient mis au point des agents neurotoxiques. Différentes thèses expliquent cette absence, notamment le fait qu’Adolf Hitler avait été traumatisé par ces armes pendant la Première Guerre mondiale. Par la suite, elles furent utilisées de nombreuses fois par des États (Italie, Égypte, Irak…). L’exemple le plus récent est celui du conflit en Syrie, notamment le Massacre de la Ghouta causé par l’armée syrienne, le 21 août 2013. Les armes chimiques peuvent aussi être utilisées par des organisations terroristes. Ce fut le cas d’Aum Shinrikyo, qui a diffusé du gaz sarin dans le métro de Tokyo, le 20 mars 1995.

Quels sont les différents types d’armes chimiques ?

Il existe cinq types d’agents chimiques (seuls les quatre premiers sont utilisés pour mettre au point des armes) :

  • Agent suffocant (chlore, phosgène…) ; gaz ou liquide très volatil qui provoque des lésions au niveau du système respiratoire.
  • Agent vésicant (gaz moutarde, lewisites…) ; provoque des brûlures et des cloques sur la peau, ainsi que des lésions des voies respiratoires (comme les suffocants).
  • Agent hémotoxique (cyanure d’hydrogène, chlorure de cyanogène…) ; peut entraîner une mort par asphyxie en bloquant l’absorption de l’oxygène par le sang.
  • Agent neurotoxique (sarin, soman, tabun, VX…) ; sous forme liquide à température ambiante, ils perturbent le fonctionnement des muscles et du système neveux. Ce sont les agents les plus mortels.
  • Agent neutralisant ; souvent utilisé pour la répression des émeutes, ce sont des irritants sensoriels provoquant larmoiement temporaire, irritation de la peau et des muqueuses, et nausées.

Quand ils développent un tel programme, les États concentrent tous leurs efforts dans les agents neurotoxiques, car ce sont les plus dangereux. Cependant, leur efficacité dépend de la qualité de l’agent chimique, du moyen de livraison choisi, ainsi que de nombreux facteurs environnementaux. Un autre avantage des neurotoxiques est qu’ils peuvent être produits grâce à des procédés chimiques proches de ceux utilisés pour faire des pesticides et des fertilisants. Il est donc plus aisé de dissimuler leur production.

Quelle est la législation existante régulant l’utilisation de ces armes ?

Le premier effort pour limiter l’utilisation des armes chimiques date des conventions de La Haye de 1899 et 1907. Ces textes prohibaient l’utilisation de certaines munitions disséminant des gaz toxiques. Suite aux horreurs de la Grande Guerre, le Protocole de Genève de 1925 interdit l’utilisation des armes chimiques, et biologiques. Cependant, la production et la possession n’étaient pas illégales. De plus, l’absence de mécanisme de vérification a rendu le texte inefficace.

Suite à l’utilisation d’armes chimiques lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988), la nécessité de construire un régime international contre les armes chimiques se fait plus pressante. Établir un accord international devient même un des principaux objectifs du Président George H. W. Bush. La Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) sera finalement signée le 13 janvier 1993, quelques semaines après la fin de son mandat. Elle est entrée en vigueur le 29 avril 1997. A ce jour, seuls trois États restent hors du cadre instauré (Corée du Nord, Égypte, Soudan du Sud). Isräel a signé le texte, mais ne l’a toujours pas ratifié.

Du fait de sa quasi-universalité, ce traité international de désarmement est considéré comme un véritable succès. De plus, il s’agissait du premier texte interdisant totalement l’utilisation, le développement, l’achat, et le stockage d’une arme de destruction massive. La CIAC impose aussi à chacun de ses signataires de détruire ses arsenaux chimiques existants.  Une des vraies forces de la CIAC est également son régime de vérification. Celui-ci est en effet placé sous l’égide d’une organisation internationale indépendante : l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Ce système est donc beaucoup plus efficace que celui mis au point dans la Convention sur l’interdiction des armes biologiques (CABT).

Malgré cette régulation, de nombreuses inquiétudes existent au sujet de ces armes. L’assassinat de Kim Jong-nam a montré que la Corée du Nord est capable d’en produire, ou du moins d’en acquérir. Certains États sont soupçonnés de développer des programmes, et ce même s’ils sont signataires de la CIAC. C’est notamment le cas d’Israël, ou encore de la Russie, qui avait mis au point dans les années 1980 un nouvel agent neurotoxique encore plus puissant que le VX : le Novichok.

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Étudiante à Sciences Po Bordeaux (Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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