Home / Actualité / Situations décryptées / Drones armés : l’avenir de la guerre en débat (2/2)

Drones armés : l’avenir de la guerre en débat (2/2)

 

Suite à un premier article où nous avons abordé la question des drones sous les angles juridiques et militaires, il s’agit ici de comprendre le débat éthique qu’elle soulève et les vraies menaces que pose l’emploi des drones.

Un drone Reaper en mission
Un drone Reaper en mission
Sur le plan de l’éthique, le drone incarne pour beaucoup la tendance profonde à une guerre de plus en plus déshumanisée. Or, cela est en contradiction avec l’éthique guerrière qui façonne nos sociétés. Malgré les changements technologiques qui ont modifié les combats, la culture du corps à corps, de l’engagement physique restent prégnantes. Cela explique en partie pourquoi le drone bouleverse tant les codes de la guerre, avec ce soldat qu’est le pilote de drone ne prenant aucun risque.

Depuis toujours dans l’histoire, tuer à distance a provoqué l’indignation. En 1139, le concile de Latran interdit l’usage de l’arbalète, contradictoire avec l’honneur du guerrier. Lorsque la chevalerie française est décimée par l’archerie anglaise et galloise à Crécy, plutôt que de se remettre en question, elle s’étonne que ses adversaires se permettent d’utiliser une telle arme « roturière et déloyale ». Plus tard, l’apparition de l’arme à feu suscitera les mêmes railleries. Les premiers artilleurs ne seront pas considérés comme des soldats, mais comme des ingénieurs. Aujourd’hui encore, l’apparition d’armes modernes suscite donc les mêmes controverses, au sein même de la communauté militaire. Lorsque le Pentagone a réfléchi à honorer d’une médaille certains soldats investis dans le combat par drones ou dans la cyber-guerre, de nombreuses associations de vétérans ont protesté comme quoi on ne pouvait pas comparer à ces soldats ceux qui risquent leurs vies sur le champ de bataille. Les innovations technologiques étant plus rapides que l’évolution de nos conceptions du combat, on comprend donc mieux, au vue de l’histoire des armements, les réactions que provoquent les drones.

L’apparition des drones dans le champ de bataille moderne pose toutefois de vrais problèmes.

Comme nous l’avons vu, ce n’est pas l’outil drone en tant que tel, mais son usage qui est problématique. Les Etats-Unis, engagés dans une guerre contre la terreur aux contours bien flous, ont un usage des drones abusif. Le président Obama, qui souhaite réduire le nombre d’interventions militaires des Etats-Unis, a fait le choix des drones comme alternative. Pour 30 tirs de drones en 2008, il y’en a eu 120 en 2010. Aujourd’hui, le nombre de frappes s’est stabilisé mais reste à un niveau très élevé. Les Etats-Unis, et les autres pays développant leurs équipements en drones, doivent donc réussir à définir une doctrine précise et un cadre légal rigoureux d’usage de ces armes.

L’autre problème est la probable automatisation à venir des drones. Le Pentagone estime que les drones seront capables de réaliser prochainement des bombardements (2025), mener des combats air-air (2033) et être autonomes (2034). Le jour où les drones deviendront des robots létaux autonomes (RLA), l’éthique guerrière sera encore plus bouleversée : sommes-nous capable et devons-nous accepter qu’une intelligence artificielle puisse prendre la décision de tuer un homme ?

About Léonard LIFAR

est étudiant à Sciences Po Rennes. Passionné d'histoire et de géopolitique, il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis Janvier 2014.

Check Also

Évolution du conflit syrien, quel avenir pour Bachar el-Assad et le régime ?

Évolution du conflit syrien, quel avenir pour Bachar el-Assad et le régime ?

  Après Alep, c’est au tour de Homs, présentée comme l’emblème de la contestation, de passer …

One comment

  1. Je peux comprendre certains soldats qui considèrent qu’ils risquent davantage leur vie que d’autres. Néanmoins, quant à l’éthique de la guerre, si je ne remonte qu’à la première guerre mondiale, avec l’utilisation des gaz de combat, à la deuxième avec le bombardement massif des populations civiles et ce, même par nos alliés et sur notre pays, et si je termine par ce que fait l’armée ukrainienne dans le Donbass, je pense que c’est un euphémisme. Il n’y a pas d’éthique dans la guerre, en tout cas pour moi (mais il peut y avoir un comportement éthique des soldats). La guerre, c’est quand les lois et discussions ne peuvent plus rien donner et s’applique alors, comme toujours, la loi du plus fort qui, lorsqu’il aura gagné, écrira ou réécrira l’histoire à sa gloire. Les drones, dans ce contexte, ne sont qu’un élément et l’on remarquera qu’il est bien moins destructeur que les bombardiers pilotés de la deuxième guerre mondiale (Dresde, Hiroshima…) de par sa fiable capacité d’emport.
    J’entends la question des drones autonomes qui tireraient en prenant la décison seuls. Fort est de constater, si l’on veut être un tant soit peu objectif, qu’une machine bien programmée sera toujours plus fiable qu’un être humain. La question de la responsabilité juridique en cas d’erreur n’a guère d’intérêt dans ce contexte puisque l’on aura été, et cela peut se mesurer, plus fiable qu’un être humain. Mais il faut bien rester convaincu qu’il y aura tujours des erreurs, la fiabilité à 100% n’existant pas. En conséquence, le vrai problème est celui de la responsabilité de ceux qui déclenchent les conflits, que ce soit de manière directe en déclarant une guerre ou indirecte en participant à créer les conditions d’une guerre. Hélas, l’histoire nous le prouve, ces derniers ne sont jamais inquiétés.
    Quant à l’action des Etats-Unis, ce qui me semble le plus répréhensible de leur côté, c’est l’utilisation de drones armés sur des théâtres de pays avec lesquels les USA ne sont pas officiellement en guerre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.