Qu’est-ce que le G77 ?

 
Les pays membres du G77 lors du Sommet du groupe en Bolivie en 2014.
Les pays membres du G77 lors du Sommet du groupe en Bolivie en 2014.

Créé en 1964 lors de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Groupe des 77 désigne la coalition de 77 pays en développement au sein des Nations Unies. Il a pour objectif de promouvoir les intérêts de ses membres au plan politique et économique lors des négociations. Le G77 s’inscrit ainsi dans la tentative de démocratisation des relations internationales que l’on retrouve également dans l’action des pays en développement au sein de l’Assemblée Générale des Nations Unies à partir des années 1960 (lancement des décennies pour le développement, résolutions sur le droit des peuples autochtones, nouvel ordre économique mondial).

Fondé par la Déclaration commune des 77 pays, le groupe tient sa première rencontre à Alger en 1967.  La Charte d’Alger prévoit ainsi les objectifs et modalités d’action de ce groupe au sein des instances onusiennes où ses intérêts sont en jeu tels que la FAO, l’ONUDI, l’UNESCO, le PNUE ou encore au FMI et à la Banque Mondiale. Des rencontres sectorielles ont également lieu entre les membres, et le Comité intergouvernemental de suivi et de coordination de la coopération sud-sud (Intergovernmental Follow-up and Coordination Committee on South-South Cooperation – IFCC) veille à l’application du Programme d’action de Caracas adopté en 1981 par le G77. Ce programme vise à renforcer les capacités de financement  de la coopération sud-sud. Il introduit notamment la notion d’autonomie collective, lancée par le Mouvement des non alignés dans les années 1970. Ce programme se veut une synthèse des programmes de coopération préexistants dans un cadre de plus approprié. Les principaux secteurs d’action du programme sont le commerce, la technologie, l’agriculture, l’énergie ou encore l’industrialisation et la coopération technique. Les fonds octroyés à ce programme ont été votés par la résolution des Nations Unies 38/201 adoptée en 1983. Si la création de ce groupe est marquée par le contexte de la Guerre froide et la récente accession à l’indépendance des pays du sud, il n’en demeure pas moins actif et continue ses actions au sein des instances onusiennes.

Quelle réalité pour le G77 aujourd’hui ?

Le G77, qui a tenu en juin 2013 un sommet à Santa Cruz de la Sierra en Bolivie, regroupe aujourd’hui 134 pays – il exclut les pays membres de l’OCDE (sauf le Chili), du Conseil de l’Europe (sauf la Bosnie Herzégovine), de la CEI (sauf le Tadjikistan), Tuvalau et Palau. Son dernier sommet dont la devise était « Pour un nouvel ordre mondial par le bien vivre » a remis en avant l’objectif d’éradication de la pauvreté dans les pays en développement d’ici à 2030. L’action du G77 se manifeste particulièrement dans son action dans les négociations climatiques internationales. Dans le cadre de la COP 21 et de l’objectif d’un accord universel afin de contenir le réchauffement climatique sous le seuil des 2°C, le G77 qui regroupe près de 80% de la population mondiale fait entendre sa voix. Composé de pays désormais très divers, regroupant grands émergents et pays peu développés, le G77 affirme son rôle dans les relations internationales lors des négociations de Bonn. Cette confrontation illustre ainsi la fracture permanente qui existe entre les pays développés et en développement, essentialisée par l’expression « fracture nord-sud ». Le G77 a néanmoins largement évolué depuis sa création, et les intérêts internes, tout comme au sein des groupes des pays développés, risquent de fragiliser les positions du groupe. Concilier les intérêts des pays pétroliers, des BRICS avec ceux des petits Etats insulaires sur des questions telles que le financement et l’adaptation au changement climatique s’avère ainsi complexe. Les négociations internes au G77 ressemblent ainsi de plus en plus à celles que l’on observe à l’échelle onusienne. Si le G77 est parvenu dans une certaine mesure à s’adapter aux enjeux contemporains,  le risque de reléguer ce groupe au statut d’instance de concertation inefficace et obsolète apparaît de plus en plus grand.

About Jessica SOME

Diplômée en Géopolitique et en Droit Public de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis août 2013.

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