Quel bilan pour le 39ème sommet de l’Union africaine ?
Le 39ème sommet de l’Union africaine (UA) se tenait les 14 et 15 février 2026, à Addis-Abeba, en Éthiopie. Ce fut l’occasion, pour l’organisation continentale, de mettre en avant la thématique de l’accès à l’eau pour l’année 2026. Ce sommet se déroule dans un contexte de développement d’une zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), de conflits (Soudan, République démocratique du Congo…) et d’une remise en cause de la notion d’intégrité territoriale (Somalie/Somaliland).
Un contexte politique et sécuritaire fluctuant sur le continent

Dans son communiqué final, l’UA a exprimé « sa profonde inquiétude quant à la persistance des conflits, du terrorisme et de l’extrémisme violent et des changements anticonstitutionnels de gouvernements ».
En effet, les conflits en République démocratique du Congo (RDC) et au Soudan illustrent, en partie, l‘état de la situation sécuritaire sur le continent. Le terrorisme est toujours présent et progresse, notamment dans le Sahel. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont constitué l’Alliance des États du Sahel (AES) afin de répondre aux défis sécuritaires.
Au sein de l’Union africaine, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) est l’organe de prévention, de gestion et de règlement des conflits. Pourtant, ni le CPS, ni les communautés économiques régionales ou les mécanismes régionaux n’ont pu apporter de solutions africaines pérennes à ces conflits. Cet état de fait permet ainsi à des acteurs extérieurs au continent de s’imposer et de formuler des propositions de paix.
En RDC, les États-Unis et le Qatar, en l’espèce, permettent aux parties de dialoguer et proposent des plans de paix. Au Soudan, les États-Unis, l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite sont à l’initiative de plans de paix.
Le nouveau président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a affirmé son ambition de n’avoir « aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels ».
Toutefois, dans les faits, l’UA a eu des réponses variées. Dans certains cas, comme au Tchad ou au Niger, les coups d’État militaires étaient prévisibles. Cependant, il est possible de considérer que l’UA a été sélective dans ses réactions : véhémente contre le Niger, quasiment silencieuse à propos du Tchad.
De plus, l’UA ne s’attaque pas aux raisons structurelles de ces coups d’État.
Enfin, la pratique des changements de constitutions dans de nombreux pays, opérée par certains chefs d’État africains, afin de s’octroyer de nouveaux mandats, n’est pas dénoncée par l’UA. Celle-ci ne dénonce pas non plus les violations des droits humains et des libertés fondamentales qui sont l’une des conséquences de ces changements forcés.
L’Union africaine entre changements institutionnels, gouvernance mondiale et priorités de développement
Tout d’abord, le sommet de l’UA a été l’occasion de la passation de présidence tournante. Elle était assumée, pour l’année 2025, par le président angolais, João Lourenço. Il est remplacé, pour l’année 2026, par le président burundais, Évariste Ndayishimiye.
Ensuite, l’UA est revenue sur sa participation au sommet du G20, à Johannesburg, en novembre 2025. Le sommet Union européenne (UE)/UA, qui eut également lieu en novembre 2025, à Luanda, fut l’occasion de renforcer les liens avec l’UE, qui est l’un des partenaires économiques majeurs de l’UA, avec la Chine et les États-Unis.
Ces deux sommets ont permis à l’UA de saisir « l’importance de positions africaines coordonnées » pour « l’avancement des priorités continentales ». Celles-ci comprennent, par ailleurs, le « financement du développement soutenable, l’action climatique, la restructuration de la dette, la sécurité alimentaire ou encore, la transformation digitale ».
L’Agenda 2063 de l’UA constitue un ensemble d’initiatives visant à promouvoir une croissance inclusive et un développement soutenable sur le continent. La zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) en constitue l’un de ces projets phares. L’UA a appelé ses États membres à en « accélérer la mise en place opérationnelle afin de stimuler le commerce intra-africain et l’industrialisation ».
Enfin, l’UA réitère sa volonté d’obtenir une représentation équitable de l’Afrique au sein des institutions internationales et en particulier, au sein du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU), par l’intermédiaire de l’attribution d’un siège de membre permanent.
La question du Somaliland et du respect de l’intégrité territoriale somalienne
Le Somaliland est un État fédéral de la Somalie et une république autoproclamée depuis 1991. Il est situé le long de la mer Rouge et du Golfe d’Aden. Bien qu’il se considère comme indépendant, aucun pays ne le reconnaît comme tel, respectant, de ce fait, l’intégrité territoriale de la Somalie.
Néanmoins, le 26 décembre 2025, Israël devint le premier État au monde à reconnaitre officiellement le Somaliland comme État indépendant et souverain.
Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA « a fermement condamné cette décision unilatérale par Israël » et a exigé sa révocation immédiate.
Le CPS a par ailleurs rappelé son attachement à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de la Somalie.
L’auto-détermination sahraouie
La question de l’auto-détermination du Sahara occidental continue à se poser, en Afrique. Classé comme « territoire non autonome » par l’ONU et qui reste donc un territoire à décoloniser, le Sahara occidental accueille, depuis 1991, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Le rôle de la MINURSO est de superviser le cessez-le-feu et organiser le référendum d’autodétermination du peuple sahraoui.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a reconduit la MINURSO, en octobre 2025, pour un an. Le texte de la résolution onusienne souligne l’importance de l’auto-détermination du peuple sahraoui, tout en mettant en avant le plan marocain d’autonomie comme une solution au conflit, parmi d’autres.
Ce conflit se retrouva également au sein des institutions de l’UA. En effet, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et le Maroc sont, tous deux, membres de l’organisation continentale. Il était ici question de l’élection au sein du CPS. La RASD avait déposé sa candidature mais ne remplissait pas tous les critères d’éligibilité. Le Maroc était également candidat pour intégrer le CPS. La RASD finit par se retirer, quelques jours avant l’élection, au profit de la Libye. La RASD ne manqua pas de souligner l’irrégularité de la candidature marocaine, du fait de « l’occupation illégale d’une partie de son territoire ».
La confrontation entre le Sahara occidental et le Maroc se déplace ainsi au sein des institutions de l’Union africaine. Cette situation conduit de nombreux pays africains à rester prudent, vis-à-vis d’une potentielle exclusion de la RASD des institutions continentales.
Ce 39ème sommet fut aussi l’occasion pour l’UA de renouveler sa « solidarité » au peuple palestinien et son « soutien à une solution juste, durable et complète, en accord avec le droit international ».
Déclaration d’Alger et vote historique sur l’esclavage transatlantique à l’ONU
La Déclaration d’Alger sur les crimes coloniaux a été formellement adoptée lors de ce sommet de l’UA. Elle résulte des travaux de la Conférence internationale sur les crimes de la colonisation. Elle eut lieu les 30 novembre et 1er décembre 2025.
La Conférence se tenait dans le cadre du thème officiel de l’UA pour 2025 qui était : « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations ». Cette conférence avait pour but de faire évoluer les positions de tous les pays africains, afin de passer de la question mémorielle aux questions de reconnaissance, de justice et de réparation.
La Déclaration d’Alger consacre également le 30 novembre comme « journée africaine d’hommage aux martyrs africains et victimes de la traite transatlantique, de la colonisation et de l’apartheid ».
À l’initiative du Ghana, qui représentait l’UA, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté, le 25 mars 2026, une résolution « portant qualification de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains » de « plus grave crime contre l’humanité ». La date d’examen du texte, le 25 mars, fait écho à la journée du souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves.
Ce vote, bien que symbolique et non contraignant, ouvre la voie à la restitution des œuvres d’art, objets, monuments et archives à leurs pays d’origine.
Cette résolution est un signal fort en direction des populations des pays concernés, à la recherche de justice et de reconnaissance, au regard de l’ampleur de ce crime historique majeur.


