La ré-émergence de l'Asie du Sud-Est - Les Yeux du Monde

La ré-émergence de l’Asie du Sud-Est

Du Japon comme pôle de la triade à l’irrésistible ascension de la Chine, en passant par les dragons taïwanais ou sud-coréens, nul doute aujourd’hui que l’Asie est une zone fondamentale du monde actuel. Mais, en Asie-Pacifique, une région est trop souvent oubliée face aux géants chinois et japonais : l’Asie du Sud-Est.

Quartier d’affaires de Singapour

L’Asie du Sud-Est est une région hétérogène qui s’étend de la Birmanie au Timor oriental. Les langues, les religions, les peuples et les traditions politiques y sont différentes. Lors des indépendances, le développement économique y était faible, et s’annonçait difficile : guerres d’Indochine et du Vietnam, Konfrontasi entre la Malaisie et l’Indonésie, régime génocidaire des Khmers rouges…

Pourtant, l’Asie du Sud-Est connaît des formes de développement impressionnantes, compte tenu des difficultés. Ce développement diffère toutefois d’un état à l’autre. Tout d’abord, en 1967 est créée l’Association of South-East Asian Nations (ASEAN), qui inclut aujourd’hui tous les états de la région sauf le Timor oriental. Ensuite, sur le modèle japonais, puis des quatre dragons (dont fait partie Singapour, cité-Etat sud-est asiatique), l’Asie du Sud-Est connaît un important développement économique dans les années 90. Celui-ci est stoppé par la crise asiatique de 1997, qui dévaste l’économie thaïlandaise et indonésienne, tandis que la Malaisie résiste mieux. Une vingtaine d’années plus tard, la région a largement renoué avec la croissance économique.

La montée en puissance de la Chine s’est largement ressentie en Asie du Sud-Est. D’importants projets sont définis dans la politique de nouvelle route de la soie. Toutefois, l’influence de Pékin inquiète également les pays de l’ASEAN. Outre le conflit en mer de Chine du Sud, les économies locales sont de plus en plus dépendantes de la Chine. Les récentes élections en Malaisie et en Thaïlande laissent penser que ces pays vont peut-être ré-ajuster leur politique vis-à-vis de Pékin, pour réduire la dette chinoise. Mais, plus qu’une sphère d’influence de l’empire du Milieu, l’ASEAN représente une force politique et économique en elle-même. Certes, celle-ci demeure mineure dû à son manque d’organisation et d’accords internes, mais elle garde un important potentiel.

La région représente plus de 650 millions d’habitants, dont plus du tiers vit en Indonésie (260 millions d’habitants). La langue malaise est parlée par près de 300 millions de locuteurs, répartis principalement entre la Malaisie, l’Indonésie et Brunei. C’est ainsi l’une des langues les plus parlées au monde. La région est riche en hydrocarbures (pétrole, gaz, minerais, ressources hydrauliques…), inclut des points extrêmement stratégiques (détroit de Malacca, delta du Mékong, détroit de Makassar…) et abrite d’importantes multinationales (Petronas, Air Asia…). Par ailleurs, c’est à Singapour, puis au Vietnam que se sont rencontrés Donald Trump et Kim Jong-Un.

Les pays d’Asie du Sud-Est sont donc amenés à jouer un rôle économique et politique majeur sur la scène internationale. Ce rôle pourrait se trouver renforcé si l’ASEAN parvient à consolider l’intégration régionale et à créer une réelle coopération entre les états membres.

Infographie émergence asie du sud-est

Bibliographie :

De Koninck G., Malaysia, Asie plurielle

Jaipragas B., Tobin M., “‘Let’s learn from Malaysia’s Mahathir Mohamad’: is Thailand about to ditch China for the US?”, South China Morning Post, 16 Mars 2019

Jetin B., “L’Asean peut-elle transformer l’Asie du Sud-Est en région intégrée ?”, L’Asie du Sud-Est 2016, Irasec, 2016

Osborne M., Southeast Asia, an introductory history, Allen & Unwin, 2011

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