La division Caucase de l’Etat Islamique, de filiale à importation militaire - Les Yeux du Monde

La division Caucase de l’Etat Islamique, de filiale à importation militaire

L’Emirat du Caucase (Кавказский Эмират en russe) est une organisation terroriste autoproclamée comme État. Elle est née de la déclaration d’indépendance de la République tchétchène d’Itchkérie vis-à-vis de l’Union soviétique en 1991. Le 31 octobre 2007, Dokou Omarov, leader de la rébellion, abolit la République tchétchène d’Itchkérie dont il était président et proclame le grand « Émirat du Caucase ».

Drapeau de l'Emirat du Caucase, devenu filiale de Daesh et pourvoyeur de troupes au Levant
Drapeau de l’ancien Emirat du Caucase, devenu filiale de Daesh et pourvoyeur de troupes au Levant

L’objectif de la proclamation d’un Emirat islamique du Caucase était de globaliser le combat des différentes factions sécessionnistes au sein d’un territoire plus étendu. La Tchétchénie n’est en effet qu’une province du Caucase parmi d’autres. L’Emirat du Caucase couvre ainsi les républiques russes du Caucase du Nord ainsi que le krai de Stavropol. Cette idée de panislamisme caucasien a donc entraîné une séparation entre les partisans d’une Tchétchénie indépendante d’un côté et ceux d’un Caucase du Nord libre de l’autre. Cette dominante de fond peut s’expliquer par un développement de l’idéologie salafiste au dépend d’un Islam soufie plus nationaliste.

Le Levant, théâtre« refuge » face à la traque russe au Caucase

Jusqu’en 2014, les djihadistes caucasiens n’étaient pas nombreux dans les rangs de Daesh, principalement en raison de l’existence d’un front existant sur leur propre territoire face au gouvernement de Moscou. Traditionnellement proche des Talibans et d’Al-Qaïda, l’Emirat du Caucase connaît ses premières défections en fin d’année 2014 pour Daesh. Cela pourrait être dû à un activisme croissant des forces de sécurité intérieures russes en raison des jeux olympiques d’hiver de Sotchi de 2014. Face à une répression beaucoup plus forte que celle à laquelle ils avaient été habitués, les caucasiens qui rejoignent Daesh trouvent en Syrie un refuge face à la traque des services russes.

Plusieurs dirigeants de l’Emirat du Caucase font ainsi allégeance à Abu Bakr Al-Baghdadi. La mort de Magomed Souleymanov, un daghestanais très haut placé dans la hiérarchie de l’Emirat pousse encore plus de djihadistes au départ vers la Syrie. Il a été éliminé par les forces russes au Daghestan. Daesh pouvait ainsi compter en son sein entre 2000 et 3000 combattants originaires du Caucase et d’Asie centrale dans ses rangs en fin 2015. Ces djihadistes forment ainsi une véritable unité d’élite de l’Etat Islamique.

Des combattants importés du Caucase, l’élite de Daesh

En effet, une partie de ces djihadistes combattait les forces russes, ils sont donc expérimentés. Certains ont même servi dans l’armée soviétique et peuvent ainsi dispenser de précieux conseils à leurs camarades. Ils ont de plus l’habitude de combattre des troupes mieux équipées et entraînées qu’eux. Ces combattants ne semblent ainsi pas intimidés par les troupes syriennes, irakiennes, ou kurdes. Une partie de ces soldats du djihad rejoint alors les unités d’élite de Daesh. Cette expertise militaire importée du Caucase et d’Asie centrale permet ainsi à ces groupes d’influencer les doctrines de combat de l’organisation.

Omar le Tchétchène (Omar al-Chichani) est le plus connu des caucasiens de Daesh. Il aurait prêté allégeance à l’Etat Islamique en 2012 avant d’être nommé ministre de la défense de Daesh. C’est un des deux seuls non-arabes à avoir eu un poste aussi élevé dans l’organisation. Il meurt en juillet 2016 sous les bombes de la coalition internationale.

Des dissensions internes au sein de l’Émirat du Caucase

Initialement proche d’Al-Qaïda et des Talibans, l’Emirat du Caucase a subi des dissensions internes qui ont mené à sa presque disparition en tant que tel. Akhmed Tchataïev, alias Ahmed le manchot, un chef de l’Emirat du Caucase, serait un des leaders de la branche ralliée à Daesh. Il serait même une des têtes pensantes de l’attentat de l’aéroport d’Istanbul. Rustam Aselderov, ancien émir de l’Emirat du Caucase aurait également prêté allégeance à Daesh en 2014. La majorité de l’Emirat suivra le 21 avril 2015, et son allégeance sera officialisée par Daesh en juin. L’Emirat du Caucase pro-Etat Islamique est donc devenue une vilayat (filiale) régionale du nom de vilayat kavkaz. Aselderov meurt, en décembre 2016, tué par les forces russes au Daghestan.

Certains groupes n’ont cependant pas changé d’allégeance et forment encore l’Emirat du Caucase originel. Ils ne sont en revanche plus assez puissants pour représenter une menace aussi tangible que précédemment. Certains groupes existent néanmoins au Daghestan, à Karabdino ou encore à Balakaria. De plus, certains Caucasiens se battent pour Hayat Tahrir Al-Sham (HTS), ancienne émanation du front Al-Nosra, groupe dissident de Daesh et lié à Al-Qaïda jusqu’en 2017.

Inquiétudes et ripostes de la Russie

La Russie a tout d’abord vu d’un œil favorable les nombreux départs de combattants islamistes à destination de contrées étrangères. L’agenda de Moscou à partir des premières vagues se tournait en effet vers les Jeux olympiques de Sotchi et l’organisation du Mondial de football de 2018.

Il s’est pourtant avéré rapidement que les combattants russes frappaient également les intérêts moscovites à l’étranger ou dans leurs provinces d’origine. L’Etat Islamique a revendiqué avoir détruit en vol l’avion russe qui passait au-dessus du Sinaï le 31 octobre 2015. Cette destruction a tué 244 ressortissants russes. Daesh revendique également d’autres attentats comme celui de février 2018 dans une église orthodoxe daghestanaise. Cinq russes orthodoxes ont perdu la vie. La menace djihadiste, initialement locale, est devenue ensuite globale en raison de l’éparpillement des potentiels djihadistes en dehors des frontières.

C’est la raison pour laquelle Moscou a retenu des départs tardifs de terroristes en puissance. Afin d’éviter la présence de russes dans des zones grises et aptes à commettre des attentats. La Russie est également présente en Syrie et frappe de manière régulière les zones où ces djihadistes se trouvent.

Ces troupes djihadistes, aguerries, endurcies aux combats au Levant sont ainsi une véritable source d’inquiétude au Kremlin. Certains membres des troupes d’élite du califat islamique éphémère de Daesh ont trouvé un véritable terrain de développement militaire et seront dans doute une véritable épine dans le pied russe pour de nombreuses années encore.

Sources :

-“Send Chechens, Guns and Money”, Foreign Affairs, 4 février 2019. URL : https://www.foreignaffairs.com/articles/chechnya/2019-02-04/send-chechens-guns-and-money

-“Spotlight on Global Jihad”, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Center, 5 septembre 2019. URL : https://www.terrorism-info.org.il/en/spotlight-global-jihad-september-5-11-2019/

-“L’Emirat du Caucase”, OFPRA, 22 juin 2015. URL : https://www.ofpra.gouv.fr/sites/default/files/atoms/files/1506_rus_emirat_du_caucase_ext.pdf

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant de Grenoble Ecole de Management et effectue une poursuite d'étude en géopolitique au sein de l'IRIS SUP'. Il s'intéresse particulièrement à la Turquie et au Khorasan.

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