Donald Trump s’en va mais le trumpisme n’est pas mort …

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Mercredi 6 janvier, le Capitole a été envahi par des partisans de Donald Trump, provoquant indignation et stupeur. Haut lieu du pouvoir législatif américain,  la dernière prise d’assaut du Capitole remontait à 1814, lors de la guerre anglo-américaine. Ainsi, les événements du 6 janvier 2021 risquent de marquer les esprits pendant plusieurs décennies. Manifestation extrême d’un profond malaise d’une partie de la société américaine, cet évènement est-il le signe précurseur d’évènements plus graves ?

Le Trumpisme
Partisans du président Trump

Un évènement inédit dans l’histoire

Pour la première fois de mémoire d’homme, une insurrection populaire a mis à l’arrêt les délibérations des représentants élus de l’Amérique. Celle-ci est le fait de suprémacistes blancs, partisans du port d’armes, vétérans et figures de mouvements complotistes. Le président Trump les avaient encouragé le matin même lors d’un discours à proximité de la Maison blanche. Ainsi, la personne qui a rassemblé et mise en action les assaillants n’est autre que le président des États-Unis. Cinq personnes sont décédées et les faits ont été fermement condamnés par tous les anciens présidents américains. Et Joe Biden, a déclaré le 7 janvier : “Hier était à mes yeux l’un des jours les plus sombres de notre Histoire”.

Le nouveau président élu va ainsi devoir faire face à une partie de l’Amérique qui, selon les mots de l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton, “place la blancheur au-dessus de tout le reste”. Donald Trump a donné à cette Amérique sa plate-forme d’expression la plus puissante à ce jour. Les manifestations de ces suprémacistes blancs sont restées longtemps circonspectes à des évènements localisés. Ce fut notamment le cas, en octobre 2020, dans le Michigan ou des miliciens d’extrême droite ont comploté pour kidnapper la gouverneure démocrate de l’État.  Le président Trump s’était alors exprimé sur Twitter, déclarant qu’il fallait “libérer le Michigan”. Il avait aussi accusé la gouverneure d’avoir fait « un travail désastreux » en « confinant son État ». C’est aujourd’hui le cœur de la démocratie américaine, visible aux yeux de tous, qui a été attaqué.

Des partisans de Trump qui demeureront

La nouvelle administration va devoir agir pour arrêter la propagation de discours violents et de théories du complot. Mais surtout, elle devra s’occuper de ces classes populaires blanches qui se sentent délaissées et qui avaient trouvé en Trump leur champion. Les assaillants du Capitole ne sont pas représentatifs de la grande majorité de l’électorat trumpiste.  Mais ils en sont la manifestation la plus sombre. Le 6 janvier au soir, Donald Trump a, dans une vidéo, appelé à la fin des violences. Néanmoins, la colère d’une partie des américains va continuer de déstabiliser le jeu politique. Cela sera le cas même si Trump venait à être déclaré inéligible suite à une procédure d’impeachment. Plusieurs sondages montrent que 70 à 80% des électeurs républicains pensent que l’élection présidentielle leur a été volée.

Sans Donald Trump, que vont devenir les trumpistes ?  Le parti Républicain peut-il représenter, de manière moins clivante que Trump, ces électeurs, pour la plupart des hommes blancs, déclassés, qui considèrent que la société américaine multiraciale ne les représente plus. Ils s’agit d’évangélistes, de catholiques ultra, mais surtout ce sont les “laissés pour compte” de la société américaine. Celle-ci est de plus en plus clivée entre les minorités afros et hispaniques, et les blancs des zones non urbanisées ou désindustrialisées. Il s’agit d’hommes souvent peu diplômés qui estiment que tout est fait pour les Noirs ou les Hispaniques, et rien pour eux.

Un Parti démocrate qui devra réagir

Le parti Démocrate s’adresse désormais beaucoup aux communautés. Il y a, notamment chez les cadres du Parti, un engouement général pour la lutte pour les droits des minorités. Des politiques spécifiques ont été mises en œuvre pour favoriser l’emploi, pour lutter contre les discriminations envers ces publics spécifiques. Or, les électeurs de Trump estiment qu’accorder des droits à ces minorités se fait au détriment de leurs intérêts. La question raciale est le facteur tout à la fois structurant et clivant des États-Unis. Avant l’arrivée de Trump au pouvoir, il y avait assez peu de représentation de ces hommes blancs qui refusent le multiculturalisme. Le Parti démocrate va devoir aller au chevet de cette partie de la population encore plus fragilisée par la crise sanitaire et les difficultés économiques qui en découlent.

Donald Trump peut s’effacer de la vie politique, les trumpistes, eux, ne disparaitront pas. Les plus extrêmes, comme les assaillants du Capitole, auront peut-être désormais plus de difficultés à agir. Cet évènement inédit permettra sans doute une prise de conscience. Le procureur fédéral de Washington, a d’ailleurs annoncé le 12 janvier, concernant les assaillants : “Nous envisageons de retenir des crimes majeurs comme la sédition et la conspiration”. Mais les problèmes profonds de l’Amérique demeureront. C’est sans doute l’un des plus grands défis auquel devra faire face le nouveau président américain.

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Marie-Christine BIDAULT

Marie-Christine Bidault est étudiante en journalisme à l'ESJ Paris. Par ailleurs Analyste en stratégies internationales (IRIS Sup') et Ingénieur en agriculture (ISARA Lyon), elle s'intéresse fortement aux questions de géopolitiques environnementale, agricole et alimentaire, avec un intérêt particulier pour les politiques américaines.

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