Tournée diplomatique de M. Biden en Europe: à la recherche d’intérêts communs ?

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Moins de quinze jours après les révélations par la presse européenne de l’aide danoise apportée au renseignement américain dans ses activités d’espionnage contre certains dirigeants européens, M. Joseph Biden a entamé une série de réunions diplomatiques en Europe. Sommets du G7, de l’OTAN et un entretien avec M. Poutine sont au programme.

G7, OTAN, Russie: tournée européenne de M. Biden
Tournée européenne de M. Biden.

Cette tournée est marquée par une volonté d’abandonner la voie d’un protectionnisme assumé par M. Trump. Il s’agit, pour le président Biden, de normaliser les relations entre son pays et ses alliés européens. Toutefois, certaines constantes demeurent avec son prédécesseur : la Chine est « l’ennemi numéro un » des Etats-Unis. Un protectionnisme économique envers la Chine perdure sous la présidence du démocrate, de même qu’une résolution à retirer les forces armées américaines des opérations extérieures, parfois de manière unilatérale, comme en Afghanistan.

Cependant, Joseph Biden se détache nettement, notamment sur les questions portant sur le réchauffement climatique ou sur le multilatéralisme.

Une nouvelle Charte de l’Atlantique en prélude du G7

Le Royaume-Uni, assumant la présidence actuelle du G7, a accueilli les dirigeants membres à Carbis Bay, dans le sud de l’Angleterre. En amont du G7, le Premier ministre britannique, M. Johnson, et Joseph Biden ont eu l’occasion d’approfondir leurs liens. Par l’intermédiaire d’une nouvelle Charte de l’Atlantique, conçue sur le modèle de celle signée entre Winston Churchill et F.D. Roosevelt en 1941, le Royaume-Uni et les Etats-Unis réaffirment leur relation singulière. A la lumière de nouveaux défis, tels que la lutte contre le changement climatique et « l’impact catastrophique des crises sanitaires », cette Charte vise à moderniser la coopération anglo-américaine. De plus, la Charte représente une forme de manifestation de l’influence britannique. Ayant perdu sa place et sa voix au sein de l’Union européenne à la suite du Brexit, le Royaume-Uni démontre ainsi sa capacité d’adaptation.

Le G7, instrument de coordination de l’action internationale

Les dirigeants du G7 ont réussi à s’accorder autour d’un communiqué final comprenant des objectifs communs. Un des premiers engagements portent sur « [l’intensification de] la coopération dans le cadre de la riposte sanitaire à la pandémie de Covid-19 ». Il s’agit également de soutenir les mécanismes mis en place par l’OMS afin de faciliter l’accès aux vaccins mondialement. Un total d’un milliard de doses sont ainsi promises par les membres du G7. Enfin, une enquête sur les origines de la pandémie de Covid-19 est demandée par les dirigeants à l’OMS.

Une taxation minimale mondiale sur les profits des multinationales, de l’ordre de 15%, est évoquée. Elle permettrait d’augmenter les recettes fiscales des Etats et de diminuer l’évasion fiscale.

Enfin, sur la question du changement climatique, le G7 prévoit d’arrêter de subventionner les énergies fossiles d’ici à 2025. Et une nouvelle initiative, dénommée « Nature Compact », ambitionne de sauvegarder la biodiversité. Mais certaines associations de défense de l’environnement ont critiqué cet engagement car le financement de cette initiative n’était pas précisé.

Il est à noter que parallèlement au G7, les Etats-Unis ont décidé de lever les sanctions qui pesaient sur le très controversé projet de gazoduc Nord Stream 2, qui doit relier la Russie et l’Allemagne.

Le sommet de l’OTAN, terreau d’une synergie des intérêts américains et européens ?

La deuxième étape de la tournée du président Biden le voit participer au sommet de l’alliance atlantique, à Bruxelles. Après les critiques acerbes portées par l’ancien président Trump sur le rôle de l’organisation, Joseph Biden entend clarifier sa position. En effet, à la différence de son prédécesseur, l’actuel locataire de la Maison-Blanche souhaite « réaffirmer l’unité, la solidarité et la cohésion ».

Ce retour américain ravit particulièrement certains Etats d’Europe de l’Est, tels que l’Ukraine ou la Géorgie. En effet, ceux-ci ont pour « objectifs diplomatique et stratégique majeurs » l’adhésion à l’alliance. L’émergence de nouvelles menaces géopolitiques, particulièrement en Russie, les a convaincus de mettre en œuvre le processus d’adhésion.

Néanmoins, la relation transatlantique s’est quelque peu érodée et une réelle détermination existe parmi les pays européens d’édifier une « Europe de la défense ». C’est donc une quête de souveraineté. Il s’agit alors d’identifier les défis stratégiques propres aux européens, et évaluer leur complémentarité avec ceux des Américains.

Le sommet de l’OTAN a été l’occasion d’établir de nouveaux objectifs communs. Le cyberespace, l’intelligence artificielle et l’espace sont les nouveaux théâtres d’affrontement mis en avant. Cela a également permis de pacifier les relations avec la Turquie, qui sera chargée de sécuriser l’aéroport de Kaboul après le retrait des troupes américaines.

Enfin, les membres de l’OTAN se sont entendus sur le caractère des ambitions de la Chine, qualifiées de « défis systémiques pour l’ordre international ».

Rencontre avec le président russe

La tournée européenne du président américain s’est clôturée par une rencontre avec le président russe, M. Poutine, à Genève. Cet entretien aura été l’opportunité pour les deux hommes de discuter de nombreux sujets et de convenir du retour de leurs ambassadeurs respectifs. Rendez-vous a été pris afin de s’accorder sur des modifications du traité START, dans le cadre des limitations des armements.

La venue du Président Biden en Europe a majoritairement été bien accueillie. Et il est manifeste que l’objectif majeur des Etats-Unis est de diminuer l’influence de la Chine, dans les domaines militaire, économique, technologique et géopolitique. Il s’agira maintenant pour les Etats-Unis d’essayer de convaincre leurs alliés européens de partager cette vision. Cela ne sera pas chose aisée car la Chine ne représente pas, à l’heure actuelle, une menace militaire pour l’Europe. Les lignes de fracture se situent davantage sur les questions de droits de l’Homme ou sur les pratiques commerciales déloyales.

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Cédric GOUDEAGBE

est diplômé d'un master 2 en droit public, mention défense et sécurité. Intéressé par les relations internationales, les questions de défense et l'Afrique.

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