Le Tibet, château d'eau de l'Asie - Les Yeux du Monde

Le Tibet, château d’eau de l’Asie

Le Tibet est une zone stratégique en Asie : plateau situé au cœur de l’Himalaya, de nombreux fleuves y prennent leur source. Parmi eux se trouvent l’Indus, le Brahmapoutre, le Yangtzé, le Fleuve Jaune, le Mékong et la Salween, autrement dit, les principaux fleuves qui alimentent le nord du sud-continent indien, l’Asie du sud-est et la Chine. Le spécialiste Claude B. Levenson qualifie ainsi le Tibet de « château d’eau de l’Asie ».

La rivière Jinsha au Tibet

Afin de favoriser le développement économique, d’éviter les sécheresses ou de profiter de l’énergie hydro-électrique, Pékin a pris l’habitude de construire des barrages sur ses principaux fleuves. L’un des plus connus est le barrage des trois gorges sur le Yangtzé, dans la province de Hubei, construit entre 2006 et 2009. Un autre projet est prévu pour le Mékong dans la province méridionale du Yunnan. La Chine, depuis le XIIème plan quinquennal (2011-2015), veut augmenter l’utilisation d’énergies vertes et la construction de barrages hydro-électriques. Ce plan met également l’accent sur le développement des régions de l’ouest, notamment le Xizang, région autonome tibétaine bien moins développée que le reste du pays. Pékin prévoit d’y construire la plus grande centrale hydraulique, la centrale Suwalong, dans le xian de Qamdo.

Cette situation n’est pas sans poser différents problèmes : la Chine, qui domine actuellement la région tibétaine, a ainsi la mainmise à la source de chacun des fleuves cités. Une fois les barrages construits, Pékin aura la capacité de contrôler débit de fleuves irriguant le Bangladesh, le nord de l’Inde, la Birmanie, le Vietnam, le Laos et le Cambodge. Dans le cadre de rivalités régionales, c’est avant tout l’Inde qui s’inquiète des constructions de barrages sur le Brahmapoutre, déjà commencées, qui pourraient permettre d’assécher ou d’inonder l’Inde et le Bangladesh. En 2000 déjà, les régions de Himachal Pradesh et Anurachal Pradesh en Inde du Nord ont subit des inondations venues de l’Himalaya. Il aura fallu six ans pour que l’Inde obtienne une explication de la Chine, qui construisait alors un barrage sur le Sutlej, rivière tibéto-indo-pakistanaise.

La rivalité sino-indienne sur la question du Tibet se comprend mieux au vue des intérêts hydrauliques régionaux. Le manque de coopération et les rivalités régionales sont de potentielles sources de catastrophes naturelles entre l’Inde et la Chine aujourd’hui, mais également avec d’autres pays comme le Vietnam. Le contrôle du Tibet et de ses sources fluviales est donc un important facteur de tensions pour toute l’Asie orientale.

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