Guerre en Ukraine : le jeu d’équilibriste de la Serbie

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Le 2 mars 2022, la Serbie vote la résolution des Nations Unies exigeant le retrait des forces russes de l’Ukraine. Cependant, Belgrade reste mesurée dans la condamnation des actions de son allié russe. La Serbie est ainsi l’un des seuls pays européens à n’avoir pris aucune sanction contre Moscou. Le président serbe Vucic tente de mettre en avant une certaine neutralité de son pays dans le conflit. Cette position illustre la volonté de la Serbie de ne froisser ni la Russie, ni l’Occident.

Bombardements de l'OTAN à Belgrade
La décision de l’OTAN d’attaquer un pays souverain est une première dans l’histoire de cette organisation.

La proximité historique et stratégique entre la Serbie et la Russie

Une large part de l’opinion publique serbe est pro-russe et résolument anti-occidentale. En effet, le traumatisme des bombardements de l’OTAN est encore bien présent. La guerre du Kosovo éclate en 1998, opposant les indépendantistes albanais aux forces serbes dirigées par Milosevic. En 1999, des pourparlers sont lancés entre l’OTAN et le président serbe qui n’aboutissent pas. L’organisation transatlantique décide alors d’intervenir militairement dans le conflit. La légalité de cette décision est contestable, cette dernière n’ayant pas fait l’objet d’un mandat de l’ONU. Les objectifs annoncés sont de protéger les populations civiles albanaises et de mettre un terme au conflit en faisant plier Belgrade. Les bombardements de l’OTAN sur le territoire serbe s’étalent sur 78 jours. L’ONG Human Rights Watch recense près de 500 victimes civiles. Des usines, des ponts ou encore des sièges de télécommunications serbes sont détruits par les incessants raids aériens.

La Russie est un allié stratégique de poids pour la Serbie. Moscou ne reconnait pas l’indépendance du Kosovo et apporte un soutien politique à la République serbe de Bosnie-Herzégovine. En Serbie, une grande partie de la presse s’aligne sur la propagande de Moscou concernant le conflit en Ukraine. De nombreux médias ne tarissent pas d’éloges sur le courage et la détermination de Vladimir Poutine. Depuis le début de la guerre, plusieurs manifestations pro-russes sont organisées en Serbie. Enfin, l’entreprise russe Gazprom est majoritaire dans la compagnie serbe d’énergie. Moscou représente également 90 % des importations de gaz en Serbie.

La Serbie, candidate officielle à l’adhésion à l’Union européenne

Depuis 2012, la Serbie est officiellement candidate à l’adhésion à l’Union européenne. Cependant, la question kosovare freine les négociations pour son intégration. Bruxelles attend de la Serbie des avancées concrètes sur la résolution de cette dispute. Il convient néanmoins de noter que ce sujet divise au sein même de l’Union européenne. En effet, l’Espagne, Chypre, la Grèce, la Roumanie ainsi que la Slovaquie s’opposent à l’indépendance de l’ancienne province serbe. Les 22 autres pays membres reconnaissent l’indépendance du Kosovo.

En octobre 2021, la Commission européenne publie son rapport annuel portant sur les progrès réalisés par la Serbie en vue de son intégration à l’UE. Belgrade est notamment pointée du doigt concernant son manque de conformité sur la politique étrangère de Bruxelles. Cette dernière dénonce, entre autres, les partenariats stratégiques signés avec la Russie et la Chine. Ainsi, le taux d’alignement de la Serbie avec les positions de l’UE s’élève seulement à 56 %. En comparaison, celui de l’Albanie et du Monténégro est de 100 %, de la Macédoine du Nord de 96 % et de la Bosnie-Herzégovine de 70 %. L’Union européenne demeure cependant le principal partenaire commercial de la Serbie. En 2019, elle représente 58 % des importations de Belgrade et 67 % de ses exportations[1].

Le pourvoir et le président Vucic renforcés par le conflit en Ukraine

Le 3 avril 2022, Vucic est réélu à la présidence de la Serbie. Il remporte les élections dès le premier tour en captant près de 60 % des suffrages. Au cours des élections législatives organisées le même jour, son parti glane 120 sièges sur 250. Afin de constituer une majorité, le parti présidentiel s’allie avec le Parti socialiste pro-russe de l’ex-dirigeant Milosevic.

Le parti au pouvoir en Serbie est le grand gagnant du scrutin après une campagne perturbée par la guerre en Ukraine. L’opposition regrette que les thèmes abordés par les médias ces dernières semaines ne portent quasiment que sur l’OTAN et la relation avec la Russie ou l’Union européenne. Le président Vucic balaie les autres sujets tels que l’éducation, l’écologie, la justice social ou encore la santé. Ce dernier se concentre sur les sujets régaliens, se posant comme l’unique garant de la protection de la Serbie. Vucic a réussi son pari. D’une part, il a donné des satisfactions à l’Union européenne en condamnant l’invasion russe ou en accueillant des réfugiés ukrainiens. D’autre part, il est parvenu à conserver son électorat pro-russe en minimisant les critiques envers Moscou.

[1] Données issues de Trade Map : https://www.trademap.org/Index.aspx

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Yann MARCILLON

est étudiant à l'IRIS SUP' au sein du parcours "Géopolitique et prospective" en double-diplôme à Grenoble École de Management.

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