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L’Inde et le Forum de la Belt and Road Initiative de mai 2017 – Sébastien Patacq

 

Depuis 2013, le président chinois Xi Jinping impose le projet One Belt One Road (OBOR) à la fois comme le grand œuvre géoéconomique de la Chine pour poursuivre un développement économique dont le pays a besoin et comme la vitrine de promotion d’une mondialisation à la chinoise. On connaît ses deux volets terrestres (Silk Road Economic Belt) et maritimes (Maritime Silk Road) destinés à relier l’Europe et l’Asie d’un côté, l’Asie au Moyen Orient et l’Afrique de l’autre. Connue désormais sous le nom de Belt and Road Initiative, elle représente aujourd’hui un vecteur d’influence considérable pour la Chine en Asie du Sud et du Sud-Est, qui n’échappe à personne, en dépit d’un dispositif de négociation qui promeut une logique de partenariat gagnant-gagnant (win-win). L’initiative est reçue diversement par les pays concernés qui se positionnent en fonction de leurs propres perceptions de la puissance chinoise en nette croissance. C’est dans ce contexte résumé à très gros traits que s’est tenu le forum de la Belt and Road Initiative à Beijing les 14 et 15 mai 2017.

Tracé de « la nouvelle route de la soie » aujourd’hui appelée « One Belt, One road’

L’Inde apparaît depuis le début comme le chef de file de la résistance au projet chinois, notamment dans l’océan indien qu’elle considère comme un enjeu vital. Ainsi, après un léger suspense alimenté par le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et le Premier ministre Li Keqiang en avril 2017, l’Inde a finalement refusé de participer au forum. Cette attitude s’explique d’abord par une rivalité historique qui s’est manifestée à plusieurs reprises depuis 1962. La rivalité se transpose aujourd’hui dans les espaces maritimes, ce qui amène l’Inde à réagir aux projets chinois et à essayer d’endiguer l’influence chinoise véhiculée dans l’océan indien par la Belt and Road Initiative. L’Inde considère que la BRI constitue un cadre qui catalyse l’expansion chinoise à travers des investissements massifs dans les infrastructures de pays en quête de développement. Cette opposition est d’autant plus vive que l’Inde tente d’étendre sa propre influence dans la région en développant ses propres réseaux (notamment à travers sa puissante  diaspora) davantage axés sur un cadre civilisationnel partagé : projet MAUSAM, route des épices, Sagar Mala Project …

On peut toutefois attribuer l’absence de l’Inde au forum BRI aux dossiers épineux qui alimentent le rejet du projet chinois. Le principal dossier de discorde est le China – Pakistan Economic Corridor (CPEC) présenté par le BRI comme un « flagship project » (projet phare) du BRI et dans lequel la Chine a déjà investi 57 milliards de dollars. Or le corridor économique qui doit relier Kashgar dans le Xinjiang chinois au port de Gwadar sur le littoral occidental du Pakistan passe par le territoire du Cachemire pakistanais revendiqué par l’Inde, ce qui lui permet d’opposer une revendication de souveraineté au CPEC qui, de l’avis de tous les spécialistes, bloque toute ouverture indienne vers la BRI chinoise. En outre, l’Inde critique l’approche bilatérale de la Chine alors qu’elle voudrait voir un cadre de négociation multilatéral respectant les normes internationales. Ainsi, la décision de l’Inde de ne pas répondre à l’invitation de la Chine n’est que la réaction nerveuse qui parcourt tous les pays (Inde, Japon, Etats-Unis) qui voient leur influence bornée par une initiative qui ne fait que renforcer la puissance chinoise dans la région. Il faut enfin tenir compte de la réponse favorable du Népal au BRI le vendredi précédant le forum. La Chine continue pourtant sa politique d’ouverture pour rallier l’Inde à son initiative, ce qui conforterait nettement sa position dans la région de l’océan indien.

 

Sébastien Patacq est un ancien élève de l’IEP de Lille et titulaire de deux masters de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) en études politiques et histoire. Il est actuellement professeur d’histoire-géographie en collèges et lycées.

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